Archives pour la catégorie 'Littérature contemporaine'

Littérature et transcendance, un contrepoint

1 novembre 2012

Chez les intellectuels, la littérature et la culture constituent une sorte de religion. Mais celles-ci ne peuvent remplacer la quête de transcendance.

Bernard Émond, dans le contexte de la sortie de son dernier film Tout ce que tu possèdes (Le devoir, samedi 27 octobre 2012, p. E1).

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Le personnage dans le roman contemporain. Bourse de recherche postdoctorale (décembre 2012-juin 2013)

14 septembre 2012

Suivant le modèle de projets de recherche du monde anglophone qui offrent des bourses avec thématiques imposées, Nicolas Xanthos et moi lançons une offre de bourse pour un projet postdoctoral en lien étroit avec le projet de recherche que nous entamons. De la sorte, nous souhaitons une collaboration étroite entre un jeune chercheur dynamique et les deux cochercheurs du projet, mais aussi (et surtout) avec les auxiliaires de recherche de l’équipe (tant à Québec qu’à Chicoutimi). Les candidatures sont attendues pour le 9 octobre prochain.

 



Le personnage dans le roman contemporain

Bourse de recherche postdoctorale (décembre 2012-juin 2013)

Dans le cadre du projet de recherche « Agir, percevoir et narrer en déphasage : les personnages déconnectés comme indicateurs des enjeux contemporains de la narrativité » (http://www.crilcq.org/recherche/poetique_esthetique/agir_percevoir_et_narrer.asp), un appel à projet de recherche postdoctorale est ouvert. D’une courte durée (7 mois), le projet devra s’arrimer à la problématique générale du projet et contribuer à l’avancée des travaux menés par les deux coresponsables (René Audet, U. Laval et Nicolas Xanthos, UQAC).

Le projet de recherche proposé s’inscrira dans l’étude du personnage romanesque dans le corpus romanesque depuis 2000. Les enjeux narratifs, la représentation du sujet, l’interrogation de l’agir sont autant de volets pouvant être abordés, que ce soit dans les corpus nationaux privilégiés, français et québécois, ou dans tout autre corpus contemporain. Un intérêt pour la littérature numérique serait un atout. Le projet devra mener à une publication (dans une revue avec comité de lecture) et à l’organisation d’une journée d’étude en mai ou juin 2013.

Le chercheur postdoctoral devra participer aux travaux de l’équipe et idéalement contribuer à l’encadrement des assistants à l’Université Laval et à l’UQAC. Il sera responsable de l’animation d’un carnet web et dirigera deux ateliers de l’équipe. Il sera attendu que le chercheur s’intègre aux activités scientifiques du CRILCQ ou de Figura.

Le chercheur recevra (en deux versements) une bourse de 22 000 $ pour l’ensemble de son projet postdoctoral.

 

Conditions d’admissibilité :
- la thèse du candidat devra être en cours d’évaluation au 1er décembre 2012 ou avoir été soutenue depuis moins de cinq ans ;
- les candidatures non canadiennes sont admissibles.

 

Critères de sélection :
- la qualité du dossier universitaire (parcours académique, dossier scientifique) ;
- l’intérêt et l’originalité du projet de recherche proposé.

 

Dossier de candidature :
- curriculum vitae (incluant les bourses obtenues et les publications scientifiques) ;
- photocopies des relevés de notes des études supérieures ;
- résumé de la thèse (une page) ;
- projet préliminaire de recherche postdoctorale (une à deux pages).

 

Le dossier de candidature doit être envoyé par courriel au plus tard le 9 octobre 2012, à l’attention de René Audet (rene.audet@lit.ulaval.ca).

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Maillages

17 avril 2012

L’éparpillement nous guette constamment : des cours aux projets de recherche, des tâches administratives aux étudiants à encadrer. Thématiquement, il frappe tout autant, à l’intérieur de la seule sphère des communications scientifiques. Mai en est un bel exemple : atelier de réflexion et de création sur le récit contemporain coorganisé avec Mahigan Lepage, participation à un colloque sur la théorisation des recueils de nouvelles puis présentation dans le cadre du congrès de l’Association des archivistes du Québec.

Quel rapport entre ces activités ? Les sujets sont distincts : une réflexion sur le numérique et son incidence sur l’écriture narrative, dans le premier événement ; un parcours de mes travaux sur l’organisation des recueils de nouvelles et sur les romans éclatés d’aujourd’hui, dans le deuxième colloque ; une discussion sur la valeur d’usage des archives scientifiques, dans le troisième cas. Pourtant, la ligne se dessine, tout aussi implicite soit-elle. Des enjeux de poétique, plus particulièrement de poétique médiologique, si l’on veut : interaction du support avec son sens, avec son usage, en lien avec la place saillante du numérique dans les écritures et les pratiques scientifiques ; dans tous les cas, prise en considération de la construction dynamique du sens, dans des recueils, des œuvres diffractées ou des corpus d’archives.

Le maillage peut également être transversal. Ainsi cette proposition d’écriture d’abord pensée pour les participants de l’atelier « Les moyens du récit contemporain », mais que Mahigan et moi avons tout aussitôt élargie à toute oreille ouverte. Partant d’une réflexion sur les moyens, les dispositifs de l’écriture narrative, nous imaginons cette proposition qui vise à fabuler un trajet, un déplacement vers Québec. Des matériaux (trame sonore urbaine, vidéo autoroutière, images google-earth-iennes), des invitations à écrire une vision de ce parcours. Le site recueillera d’ici le 16 mai les textes des uns et des autres, sorte de mise en commun d’un imaginaire poussé à s’exprimer, à partir de contraintes minimales. De là, poursuite collégiale de la réflexion sur ce que peut faire la fiction d’aujourd’hui lorsqu’elle s’inscrit dans cet espace parcouru, comme cas de figure des moyens du récit contemporain. Au plaisir de vous lire !

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Son intériorité. Pas la mienne

1 mars 2012

Chicoutimi

Colloque « Intériorités contemporaines », vendredi 2 et samedi 3 mars 2012, Université du Québec à Chicoutimi. Programme ici.

J’y parle de Réussir son hypermodernité de Nicolas Langelier et du Livre des peurs primaires de Guillaume Vissac.

***

Mise à jour : mon texte disponible ici.

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Oubli, suite : faire vivre la mémoire

2 février 2012

Marie Martel prend au mot l’idée que la mémoire nous appartient. À la suite du décès de la poétesse Marie Savard, elle la (re)fait émerger. Méandres d’une semaine de démarches, pièces à l’appui. Merci à elle de faire taire le silence.

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À quoi bon écrire des articles, quand on est journaliste ?

18 août 2011

En écho aux réflexions de CFD hier et dans le sillage de mes explorations sur le long et le bref en contexte numérique, les propos de Jeff Jarvis sont des pistes stimulantes. Il interroge particulièrement la portée et l’utilité de la forme de l’article en contexte journalistique.

This discussion over the fate of the article has direct relevance to those wanting to shift to digital first. Going digital does not mean merely putting articles online before the presses roll, as then print still rules the process. No – digital first means the net must drive all decisions: how news is covered, in what form, by whom, and when. It dictates that when journalists know something, they are prepared to share it with their public. They may share what they know before their knowledge is complete so the public can help fill in blanks.

In this way, digital first resets the journalistic relationship with the community, making the news organisation less a producer and more an open platform for the public to share what it knows. It is to that process that the journalist adds value. She may do so in many forms – reporting, curating people and their information, providing applications and tools, gathering data, organising effort, educating participants … and writing articles.

Cette diversification des moyens de transmission est un signal du nouvel écosystème informationnel balisé par le numérique. Jarvis insiste sur le fait que l’article est (doit être) une version augmentée de l’information. Que des ressources doivent être réservées à cet objet à valeur particulière. Que le journalisme actuel dilue les vrais articles à travers une mer de pseudo-histoires inspirées de l’actualité. D’où, finalement, l’intérêt de l’écologie numérique, qui ajoute de nouvelles formes de transmission qui passent par un autre canal que le classique article.

Sa réflexion croise également l’idée de valeur (et de fonction) du livre et des articles.

When people say they like newspapers and books they aren’t just talking about the physical form of them: the feel and smell, the portability and tangibility. They are talking about the finiteness of them. Articles and books have beginnings and ends; they have boundaries and limits; they are packaged neatly in boxes with bows on top; they are a product of scarcity. Abundance is unsettling. That is precisely why the internet is disruptive not only to business and government but to culture and cognition. Threatening the dominion of the article is to threaten our very worldview.

Caractère fini, ampleur saisissable, valeur liée à la totalité que l’objet constitue : des questions que le livre numérique pose tout aussi lourdement. Et la littérature autant que le discours scientifique sont concernés. Le numérique ébranle notre vision du monde — de façon générale (cognition, perception, représentation du savoir) autant que du point de vue de la transmission de l’écrit, qui est en lui-même une vision du monde.

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Manifeste pour la culture (numérique)

23 juin 2011

Il en est toujours ainsi dans un champ en développement : les premiers acteurs du champ se réunissent pour brasser le modèle, pour en évaluer les extensions, pour imaginer sa portée potentielle. Pourtant, ces gens partagent souvent a priori peu de choses — horizons disciplinaires variés, objets distincts, méthodes spécifiques.

Les orientations informant notre conception de ce qui peut être couvert par ce nouveau champ prennent une forme différente selon que l’on se trouve en milieu académique ou dans la sphère publique générale.

Le hype numérique, dans le champ académique, plus spécifiquement celui des sciences humaines, s’est cristallisé sous la forme très pointue des digital humanities (DH). Si l’expression est large, son incarnation recouvre souvent des pratiques très limitées (ou élues comme représentatives de l’approche). L’espace discursif, politique et médiatique est actuellement occupé par un volet très spécifique de l’usage des technologies dans la recherche en SHS : l’application d’approches quantitatives supportées par l’informatique. Les grands ensembles de données, le piochage dans ces marées binaires, les modalités de visualisation de requêtes : malgré les bonnes intentions exprimées par les digital humanists, ce ne sont souvent que le côté impressionnant et l’effet spontané sur le néophyte qui émergent, au détriment de l’analyse qui peut s’ensuivre (pourtant nécessaire : la visualisation, l’extraction de statistiques n’étant, faut-il le rappeler, qu’un moyen pour arriver à la « fin » que sont l’analyse et l’interprétation).

Du côté généraliste, c’est plutôt une conception mur à mur de la culture qui s’impose, une culture numérique pouvant décrire tout geste humainement posé en lien avec une modalité numérique. De l’interaction avec un distributeur de billets au vote électronique en passant par la sociabilité de la lecture, tout est culture. Soit. L’inconvénient est néanmoins de reléguer les pratiques culturelles au sens artistique/esthétique de la chose à un néant discursif, alors que tout est à construire dans ce champ de la culture /en contexte/ numérique.

Focus hyper spécialisé ou ballon gonflé jusqu’à ce qu’il crève : la situation reste peu confortable et mérite d’être conséquente des avancées actuelles dans une saisie plus fine, plus approfondie des enjeux que le numérique fait émerger. L’inconfort est le mien, et le portrait que je propose ici est conforme à mon positionnement dans le champ. Mon souhait est donc d’affirmer des positions qui puissent être différentes, mais nécessairement complémentaires. Trois axiomes, pour commencer à placer les choses.

1. Le retour à la culture

La graphie du titre de ce texte est indicative : je souhaite renforcer une lecture qui est d’emblée centrée sur la culture (dans un contexte qui est celui du numérique). S’intéresser à la transformation des productions culturelles lorsque leur création opère dans un monde numérique. Comment écrit-on de la fiction sur support numérique ? Les rhétoriques narrative et essayistique sont-elles influencées / bouleversées / mutées par la variable numérique ? Les enjeux de périodicité, de pérennité, de mise en réseau, d’archive modifient-ils notre conception du littéraire ? Ce sont là des questions fondamentales (et pourtant reconnues dans le champ littéraire conventionnel) ; pourquoi sont-elles généralement mises au rancart dans l’examen du devenir numérique de la littérature ?

Ce questionnement sur la culture, je l’étends également à la culture scientifique (cette double acception du terme « culture » est évidemment conséquente de mon intérêt pour la littérature mais aussi de mon métier de professeur-chercheur). Le bouleversement dans les outils de diffusion est perceptible, mais commence à peine à influencer notre conception du discours scientifique. On le perçoit bien : en mode numérique, il n’y a guère de différence entre un article (dans une revue savante éditée par un organisme qui s’assure de son évaluation par les pairs) et un livre (publié par un éditeur qui s’assure de sa qualité par une évaluation opérée par des pairs)… Brouillage des statuts, des zones autrefois réservées, il ne reste qu’une question de longueur… C’est sans parler du mélange entre revues, monographies, collectifs, publications d’actes en ligne, wikis, blogues individuels ou à plusieurs mains, rapports en ligne, outils web de transfert : la question de la légitimité du savoir scientifique est plus que jamais ébranlée, pour le mieux pourra-t-on conclure. L’apparition de projets de mise en valeur (comme le très très récent PressForward du CHNM) semble un bon signe. En pareil contexte : quelles conséquences sur la culture scientifique ce brouillage générique peut-il avoir ? Comment envisager la diffusion d’archives scientifiques, la mise en place de dépôts documentaires institutionnels et l’étalement du mandat des bibliothèques au-delà de leurs murs en regard des questions d’accès au savoir, de légitimation et même de propriété intellectuelle ?

2. Le numérique comme un moyen

Autant dans l’étude des productions culturelles que dans les propos sur la diffusion du savoir, la technologie tend à obnubiler les commentateurs. Les possibilités techniques, les technologies retenues accaparent le discours. Du côté des productions littéraires, ce sont les notions d’interactivité, de ludicité, d’hyperlien et de réseau qui prédominent, comme si l’écriture, au premier niveau, ne pouvait pas être profondément bouleversée par le contexte numérique. La diffusion du savoir, pour sa part, navigue entre les protocoles (OPDS, OAI, Onyx) et les formats (epub3, mobi, PDF/A) ; les questions de fond et d’écriture rencontrent une fin de non-recevoir.

Ce sont évidemment des éléments nécessaires au moment du développement de nouveaux usages. Mais ils absorbent la totalité des espaces de discussion et des occasions (scientifiques, financières, expérimentales).

Il paraît important, dans ce contexte, de ramener le numérique à son rôle de médiateur, d’interface (quel mot qui a vilainement vieilli), de moyen — moyen terme entre l’idée et sa diffusion, rouage au sein d’un processus infiniment plus complexe. S’il le faut, la parenthèse sur le numérique méritera d’être généralisée, pour relativiser les obsessions…

3. La lecture des paradigmes interpellés…

… et non l’aveuglement de la poudre aux yeux. Je suis sidéré par l’inégalité des vitesses dans les différentes sphères du monde discursif. Elsevier (pas le plus petit joueur dans le monde de la diffusion du savoir) clame sans vergogne qu’il met au monde « the article of the future » : des revues savantes qui intègrent des graphiques, des visionneuses d’images et quelques animations. Bravo ! (…?) Mais deux observations corollaires. A. Quel retard les éditeurs scientifiques ont-ils pris par rapport au web, par rapport aux éditeurs généralistes de contenu numérique : ces usages de la mise en forme des données sont terriblement courants sur le web, au point de dire que les éditeurs scientifiques ont facilement 5 ans de retard sur ce qu’offre la technologie. B. Malgré l’implémentation de ces possibilités, on note aisément que le discours scientifique est toujours aussi lourd et cadenassé dans les mêmes modèles discursifs. L’article maintient les sous-parties attendues dans ce genre de texte depuis des dizaines d’années (voir entre autres en psychologie, en sciences sociales) ; la monographie est un schéma rhétorique convenu et repris.

Quelle réinvention de ce modèle, par exemple, est-il possible d’envisager ? Pourquoi maintenir l’idée de la monographie (lente, synthétique, verbeuse) contre celle de l’article (en phase avec l’actualité, en lien avec une problématique ou un objet restreint, rebondissant sur le discours critique antérieur) ?

Sur ce même paramètre de la longueur : le web tend-il à bousculer la scission entre le roman et le texte bref, entre le texte unitaire et l’ensemble de fragments, entre le texte fini et le work-in-progress ? Qu’est-ce que la littérature peut dire du monde lorsque les mots se trouvent en situation de précarité, de fausse pérennité (car la vraie pérennité, en contexte numérique, est d’abord un enjeu de visibilité) ?

Cette lecture, enfin, peut-elle se faire, aujourd’hui, sans recours à l’expérimentation elle-même ? Doit-on attendre l’invention par autrui de nouveaux modèles discursifs (littéraires, scientifiques) ou le tissage intime entre création et critique n’implique-t-il pas d’y participer activement pour mieux revenir, en position d’analyse, sur les propositions ainsi formulées ?

*  *  *

J’entendais encore ce matin un politicien affirmer la nécessité d’ «investir dans la culture ». Cette approche mathématique m’exaspère.

Il faut affirmer la culture, la défendre, la produire. Qu’elle soit nationale ou numérique, la culture mérite qu’on s’y investisse.

 

(photo : la table des bidouilleurs, La fabrique du numérique, février 2010)

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Contemporain.info, une refonte

24 mai 2011

Travaillant de plus en plus à la veille des travaux sur la littérature contemporaine, j’ai senti le besoin de partager ces informations avec collègues et étudiants que le champ intéresse. J’en ai profité pour les conjuguer avec une refonte du portail Contemporain.info — véritable porte d’entrée, de la sorte, pour les travaux de ma Chaire et pour les ressources que j’essaie tranquillement de développer. Vos commentaires sont les bienvenus.

(aussi, timidement dans le coin inférieur droit, le feed de ma veille sur la culture numérique — en attendant de proposer autre chose, quand le moment sera venu)

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Sur les blogs

20 décembre 2010

Petite mention rapide : Bertrand et Simon se commettent sur la place du blog comme facteur d’émergence de la littérature numérique. Pas revanchard, pas en position de rupture, mais en lecture de la continuité et du déplacement à l’œuvre. Ça mérite une mention.

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Percer : la culture, du global à l’hyperlocal

22 novembre 2010

Ding dong. Hier soir, 19h. On sonne à la porte. J’y découvre une bouille sympathique (mais couettée), avec une pile de CDs dans les mains, des papiers et des écouteurs qui pendouillent de sa main. Il veut me faire connaître le groupe de musique dont il est l’un des membres, il vend des CDs par les portes. Je balbutie, décline (je déteste les vendeurs itinérants qui s’introduisent chez vous et qui vous placent en sandwich avec le chien qui n’en finit plus de japper). Un peu estomaqué. Pas le réflexe, à brûle-pourpoint de lui dire : « Va donc mettre tes trucs sur Twitter, sur Facebook, fais une vidéo à mettre sur YouTube… ». Je reste, les bras ballants, avec un papier d’un quart de page entre les mains.

Quelle énergie du désespoir le pousse à faire du porte à porte un dimanche soir, dans un quartier de vieux (certains de mes voisins se vantent d’être dans leur maison depuis plus de 50 ans…) ? Et surtout, avec quelle visée ? Développer un nouveau marché ? (euh, quel marché, dans les rues de mon quartier, pour un « Alternative rock/Progressive rock/Indie rock band » ? à moins que les membres du groupe tablent sur leur côté bon enfant, par leur collaboration affichée, coin inférieur droit de la paperolle, avec Amnistie Internationale ?)

En ligne : ce n’est donc pas là que ça se passe, dans notre monde culturel globalisé ? Les ceuzes qui ont percé ne l’ont-il pas fait grâce à une viralité numérique soudaine, finement arrangée ou inespérément subite ? Vendredi, je retwittais cette info d’une formation sur le marketing web et l’identité numérique des musiciens… Rouage important, à travailler, à prendre en charge.

Et pourtant, ce jeune groupe, Your Favorite Enemies, a fait ses devoirs : site web, fb, myspace, présence sur itunes et sur last.fm, twitter, youtube, wikipedia… Diantre, que faisait un de ses membres à ma porte hier soir ??

Pas de réponse. Prosaïquement, on peut postuler qu’il s’agissait d’une façon simple de renflouer les coffres (et de vendre le CD pressé depuis un an et demi). Mais plus largement, un phénomène de backlash (ou de complémentarité ?) est probablement à l’œuvre. À seulement miser sur le global, le rapport avec les gens s’estompe. La compréhension de la réception par le public est faussée par les médias (qui n’est pas un mode de médiation neutre). Plaisir d’aller à la rencontre d’un public, de lui faire découvrir son travail (à quel coût, au prix de quel investissement en temps et en effort ? ouch).

Difficile de ne pas faire le lien avec la popularité toujours grande des événements mettant les artistes en lien avec leur public. Avec la présence médiatique des auteurs, musiciens, comédiens. Plus immédiatement, c’est aussi le cas pour les Salons du livre (alors que celui de Montréal battait son plein ces derniers jours). Ce matin, le bilan post-SLM de Jean-François Gayrard de Numerik:)ivres va dans le même sens, à propos de l’édition numérique et du (potentiel) public lecteur :

nous ne pouvons pas rester enfermés dans notre Communauté de l’eBook. Cette communauté nous est indispensable. Elle nous soutient sur Facebook, sur Twitter, sur nos blogs. Sans elle, parfois, on aurait envie de jeter l’éponge. Pour autant, il faut indiscutablement – et il y a urgence – sortir le livre numérique des médias sociaux parce que le plus grand nombre se trouve à l’extérieur des réseaux sociaux, dans la vraie vie.

La vraie vie… hum. Rappel nécessaire, celui de la complémentarité des approches : monde numérique, monde analogique. Le premier tend à se baliser assez bien (on sait maintenant ce qui doit être fait pour construire son identité numérique) ; le deuxième demeure constamment un défi. C’est une tâche lourde, nécessaire mais gratifiante (plusieurs le confirmeront).

La question qui persiste : à qui revient ce travail ? Tous les artistes ont-ils les moyens (pas même financiers) d’être en représentation pour interagir avec le public ? Est-ce leur travail, au fait ? Le principal déblayage ne devrait-il pas pouvoir être confié à des intermédiaires, des médiateurs ? Pourquoi les auteurs parlent-ils eux-mêmes dans les émissions radio et télé, pourquoi les musiciens répondent-ils toujours aux mêmes questions dans les médias, pourquoi un éditeur numérique doit-il lui-même aller sur le terrain pour montrer les caractéristiques des tablettes et liseuses, pour expliquer comment trouver les livres numériques ?

Le global et l’hyperlocal, c’est prendre en charge les deux extrémités de l’échelle et sacrifier le point médian. C’est clairement la meilleure illustration de la crise actuelle de la médiation culturelle. Pourquoi le meilleur interlocuteur dans notre monde actuel n’est-il pas le disquaire (le terme fait vieillot, il faut l’avouer…), le libraire ? Pourquoi se rabattre sur les entrevues des artistes, à une extrémité, et à l’autre, sur les commentaires dénués d’arguments solides d’un nobody à l’autre bout de la terre dans un site au statut plus ou moins clair ?

L’élargissement des horizons culturels, la commercialisation du métier de médiation (avec son impersonnalisation ou sa simple disparition dans les grandes chaînes), le fanatisme de la figure de l’auteur / du créateur, en conjonction avec la sociabilisation du processus d’établissement de la valeur confirment sous différents angles cette crise de l’autorité. Exit le spécialiste dans la boutique du coin, exit la critique (voir Pierre Assouline et nonfiction.fr, sauf cas de réinvention du modèle). L’autorité, élément majeur de régulation du monde culturel, est en rade.

Mais tout écosystème a horreur du vide : l’autorité est probablement en mutation profonde ; il faut rester attentif pour repérer les manifestations émergentes de son état transformé, déplacé, remodelé. D’ici là, on peut se questionner sur notre propre position : simple passivité, en attendant que ça émerge ? Ou implication, recherche, expérimentation pour contribuer à cette réinvention ? Ce sera là qu’on pourra voir la différence entre subir un raz-de-marée symbolique et être acteur de la révolution critique.

(photo : extrait, « CMW – Your Favorite Enemies », chartattack, licence CC)

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