Fabrique du numérique : infos factuelles
9 février 2010
La fabrique devient de plus en plus concrète : informations disponibles par courriel (pour les inscrits) et sur le site : http://contemporain.info/fabrique
D’ici quelques jours, ouverture d’une discussion sur les thématiques d’ateliers… à suivre bientôt !
Catégorie : Littérature électronique,Recherche et diffusion | Un commentaire
La lecture, une activité parmi d’autres
29 janvier 2010

Le livre (numérique s’entend) ne peut isolément poursuivre un chemin abrité, à l’abri des autres biens culturels de consommation courante.
Difficile de ne pas être frappé par ce résumé efficace d’Olivier Ertzscheid (précisant de la sorte la phrase admirée d’André Gunthert : « Tout l’univers de nos industries culturelles, dans un format confortable »).
Alors que les Kindle, Sony et Nook cherchent à spécialiser l’acte de lecture, d’en réserver l’exercice dans un outil qui le facilite (signets, annotations, accompagnement musical), le iPad ferait de la lecture l’une des pratiques culturelles possibles. Bien sûr, la non implémentation du multitâches fait en sorte que l’on peut recréer cette bulle spécialisée le temps d’ouvrir l’appli iBooks (pas de courriel entrant, d’invitation à clavarder qui s’immisce dans l’interface). Mais une fois l’envie, l’intensivité épuisée, l’extensivité se cache sous le bouton Home : retour au web, au courriel, aux photos, aux vidéos, à la musique… à l’ouverture sur le monde que la lecture avait temporairement suspendue.
On a beaucoup péroré sur les supposées envies de lecture des citoyens d’aujourd’hui : dans une ère de la vitesse, du zapping, on a voulu projeter sur les lecteurs une envie de textes brefs (comme la nouvelle — cette idée circule toujours), une envie d’intensivité de courte durée. Pourtant, les livres lus dans les bus, dans le métro ont souvent plus de trois cents pages, les sagas historiques font un tabac… et les nouvelles sont peu lues.
Le pari du iPad, en quelque sorte, sera de laisser la lecture faire son œuvre, de laisser à la fiction le rôle d’immerger le lecteur dans un univers qui le coupe de son propre monde — du moins jusqu’à ce qu’on implémente l’interface multitâches…
(photo: « through a mirror, darkly », ygurvitz, licence cc)
Catégorie : Littérature électronique | Commentaires fermés
La fabrique du numérique : inscriptions ouvertes !
25 janvier 2010

C’est ici que ça se passe : http://contemporain.info/fabrique !
Et suivez-nous sur Twitter à @fabrique2010 pour les mises à jour, infos complémentaires, etc.
René, Éric et Clément
Catégorie : Littérature contemporaine,Littérature électronique,Recherche et diffusion,Technologie | 2 commentaires
Écrire avec le numérique : inverser la posture muséale ?
1 décembre 2009
Si l’on conçoit l’exposition muséale comme une double opération — rassembler des artefacts du réel puis en construire un récit qui permette de les contextualiser, de les interpréter et de les replacer dans un parcours —, l’écriture numérique ne pourrait-elle pas être considérée comme la posture inversée ? Mettre en place un récit, une description d’une expérience du réel où les artefacts (vidéo, photos, références encyclopédiques ou liens vers journaux/télé/web) viennent s’y trouver médiatisés, mis à distance, fictionnalisés ?
Catégorie : Littérature électronique | 2 commentaires
Composer
25 novembre 2009
Lecture d’Hubert Guillaud ce matin, faisant la synthèse d’un texte d’Alain Pierrot et de Jean Sarzana, auquel François Bon a réagi fermement. Lecture distraite, les yeux collés. Pourtant, le mot me saute au visage :
On voit bien que la définition du livre numérique qu’esquissent Alain Pierrot et Jean Sarzana n’identifient que certaines pratiques. Et que le livre, réinterrogé par le numérique, en fait exploser le carcan, recompose la façon même du fait littéraire. Nous avons du mal à nous détacher de l’univers de référence que compose le livre pour y intégrer ces nouvelles formes rhizomatiques que composent la création à l’heure des réseaux. Elles sont pourtant essentielles.
On voit bien à mesure qu’on l’explore que le concept de livre numérique se dérobe, parce qu’il recompose en profondeur la création et ses modalités
Composer. Le terme accompagne l’écrit, le livre depuis des siècles. Connotation conventionnelle, pour sûr : la composition littéraire / le commentaire composé, la composition typographique, la composition comme méthode rigide de structuration et de développement d’une idée… sans compter les occurrences communes : composer avec, composer un numéro, etc.
Pourtant (bis), il n’y a pas meilleur mot pour décrire le mouvement, les dynamiques autour de l’objet livre, quelle que soit la définition qu’on lui accole. Son sens fondamental (étymologique) nous le rappelle.

Mettre ensemble, poser avec, de différentes façons :
- l’écriture rassemble des mots, mais aussi des sources, des inspirations, des citations, des emprunts ; l’écriture numérique lie des textes, des documents, croise texte et médias, superpose graphisme et texte en un mélange sémiotique ouvert à toute combinaison — que la logique soit celle des évocations, du remix, du sampling, du contraste ou du lissage ;
- la publication insère une œuvre dans un réseau d’œuvres qui lui sont concurrentes et complémentaires ; c’est un positionnement relationnel des livres les uns par rapport aux autres, c’est une dynamique d’identité et de différenciation — d’où le paratexte des livres papiers, d’où les métadonnées qui sont composées avec les documents numériques ;
- l’écriture numérique, comme avant elle (avec d’autres moyens) la composition typographique, inscrit des données (texte, médias) dans un espace, leur adjoignant des blancs, des caractéristiques typographiques / graphiques ;
- à un niveau plus éloigné de l’écriture, la composition c’est la prise en charge de ce que d’autres appellent des flux — des contenus qui se trouvent à être lus / consultés sur des supports, qui composent certes avec des contraintes de format, mais qui composent littéralement une expérience de lecture, d’appréhension sémiotique des contenus.
Le numérique permet de composer et de recomposer, d’une façon qu’on avait quasi oubliée en raison de la spécialisation et de la technicité des corps de métier. Retour à l’appropriation des œuvres. Retour à une dynamique d’écosystème, où l’on saisit mieux les interdépendances, les relations, les influences et les reprises constantes.
Catégorie : Littérature électronique,Technologie | 4 commentaires
La fabrique du numérique 2010
9 octobre 2009
À Québec, le 26 février 2010, tenue d’une journée en formule bookcamp :
« La fabrique du numérique. Édition littéraire et scientifique »
Avec moi : Éric Duchemin (revue VertigO, prof. associé UQAM) et Clément Laberge (De Marque), pour coordonner l’événement.
* * *
L’idée précise a jailli quelque part au début de l’automne, même si ça grenouillait dans plusieurs esprits. Différents concours de circonstances appuient ce jaillissement. Mais c’est surtout un désir qui nous y pousse.
Désir, d’abord, de se rencontrer. Large milieu, celui de l’édition, mais pas uniquement : des gens du numérique, des vaillants qui piochent de façon indépendante, des créateurs, des universitaires. Milieu québécois, mais aussi nord-américain, européen — les affinités, voire les amitiés dépassent les frontières, et ça se transforme en collaborations transversales, qu’importent à priori les différences de législations, les spécificités culturelles. Plusieurs veulent simplement travailler, mieux comprendre, mieux tirer profit de nouvelles opportunités.
Désir ensuite d’élargir le cadre habituel de discussion. Les événements se sont multipliés dans les derniers mois (et ça ne s’arrêtera pas là!) pour discuter, encore et encore, du livre électronique. Mais en parler d’une façon bien spécifique, sous des angles très précis : cadres législatifs, possibilités technologiques et formats de fichiers, enjeux économiques. Nécessaires, ces événements, mais généralement on y tourne en rond.
Alors, pour contribuer au débroussaillage, deux paris.
Le premier pari : faire de cette journée la combinaison d’ateliers pratiques, d’échanges entre gens qui ont les mains dans le cambouis, de formations… ce qui répond aux besoins des gens qui s’y collent. Pas le lieu de flamboiement institutionnel, de guerres de clocher, d’énoncés de politiques.
Deuxième pari : définir autrement le cercle des participants. Trop souvent les technos sont-ils seuls à discuter.
En amont, il faut faire une place aux auteurs / créateurs, qui sont les premiers investisseurs du numérique. Quelle vision ont-ils des possibilités technologiques du livre numérique ? Quels bouleversements dans le rapport avec l’œuvre en élaboration ? Comment concevoir cette œuvre ouverte à réécriture, à expansion perpétuelle ?
En aval (ou de côté), le monde académique. Tout l’univers du discours savant, s’il est pris en compte dans la réflexion sur la révolution numérique, l’est généralement de façon isolée, comme si c’était un monde complètement à part. Les revues savantes, les monographies, les ouvrages collectifs, les actes de colloques sont également frappés par la vague numérique, et le discours savant est soumis à la pression d’une diffusion plus grande, plus large, plus accessible. D’où les initiatives de blogues scientifiques, de wikis académiques, de diffusion horizontale des résultats de recherche. Pourtant, les enjeux d’écriture et de références croisées, de stabilité des objets numériques, de diffusion sont à peu de choses près identiques à ceux de l’édition générale ; la déclinaison est certes spécifique, avec des classes d’usagers aux pratiques de lecture différentes, mais le modèle éditorial en amont, lui, est partagé.
* * *
La formule précise de l’événement, même si on a le cadre global en tête, reste à déterminer. Quelles sont vos attentes, vos besoins ? Vous avez des idées, des suggestions, des propositions d’ateliers ou de formations ? Laissez des traces : ici ou sur le blog de Clément, par courriel, sur Twitter (@remolino, @reneaudet), sur une plateforme de discussion consacrée à l’édition numérique… on recueille vos propositions, on sollicite à gauche et à droite, puis on vous revient avec un pré-programme dans quelques semaines.
Raccourci vers la présente page : http://tiny.cc/fabrique
(image : mashup de Sean McTex, « At A Loss for Words », licence CC et Geeky Wrapping Paper sur ThinkGeek)
Catégorie : Littérature électronique,Recherche et diffusion,Technologie | 14 commentaires
Œuvre numérique (littéraire et savante) : quels paramètres ?
23 septembre 2009
Depuis quelque temps me reste en tête l’idée d’un parallèle entre les modalités et besoins liés à l’œuvre numérique. Pourtant, pour moi, impossible de penser l’œuvre numérique sans en envisager les deux versants : l’œuvre littéraire (ça nous libérera du joug du terme de « livre ») comme existence numérique des pratiques littéraires et l’œuvre savante, qui renvoie au discours académique / scientifique, qu’il prenne la forme de monographies, d’articles, de revues, etc.
Deux manifestations de l’œuvre — cette notion qui renvoie à un projet qui a son identité propre —, mais dont je sens que les enjeux ici se rencontrent, là divergent sensiblement. J’ai tenté une première mise à plat de ces paramètres… ma façon à moi de tenter de saisir ce qui se passe, en parallèle du projet de bouquin de Marin et de Pierre sur l’édition électronique, des initiatives variées d’édition savante en ligne, des discussions interminables sur l’avenir du livre à l’ère des nouvelles technologies (elles sont nouvelles ? ah bon…).
Portrait comparé donc, bien préliminaire, mais qui gagnera à être soumis à vos lumières. Section commentaires disponible pour vos remarques.

Catégorie : Littérature électronique,Recherche et diffusion | 7 commentaires
Glose (les annotations, les entours, l’œuvre)
29 mai 2009
Époque de rapidité, il est souvent facile de céder à la tentation de simplement signaler : hop sur twitter, schling dans delicious, clic dans les signets au pire. Mais quel bénéfice y a-t-il à stratifier l’information ? à accumuler pour le plaisir de la quantité ? Avec la montée du web sémantique, je reste avec un arrière-goût désagréable : à trop vouloir coder, à trop vouloir accumuler, on en vient à la seule possibilité de statistiques, de schémas à titre indicatif, mais le sens reste toujours à construire, à dénicher.
* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
Même réflexe à l’instant. Je jette un oeil aux onglets restés ouverts dans mon navigateur (récupérés avec difficulté après redémarrage imprévu/imposé), textes que je m’étais dit qu’il me faudrait lire. Le premier, pur hasard : La Grange. Le temps de vérifier qui est ce Karl (ah oui, Karl Dubost), de me dire que cet extrait s’inscrit tout à fait dans le fil de mes réflexions (tout en posant la question de la nostalgie de la forme livre) :
Des feuilles liées ensemble par un format, une physicalité propre à un environnement technologique forment un livre. Une œuvre (un écrit romans, essais, nouvelles, etc.) sur un site Web présentée sous la forme d’un livre avec des pages que l’on doit tourner au moyen de la souris me rend profondément triste et me détourne de l’expérience.
Une œuvre n’est pas un livre.
Donnez moi le texte. Oubliez votre contrôle. Je veux pouvoir lier les œuvres entre elles, les réseauter, les manipuler, les sculpter, les agrémenter de mes photos, créer des liens vers des pages, des cartes. Je veux pouvoir enrichir le texte tout comme je le fais avec mon imagination. Mettre une œuvre en ligne et l’enfermer dans un pseudo-livre tue toutes passions autour du texte et de ce que la technologie permet.
Premier réflexe : signaler. Disséminer. Mais à quoi bon ? Simplement appuyer un point de vue (qui est en l’occurrence une réaction à une citation d’un ouvrage de Mark Kingwell) ? Et le mien ? Que vaut le mien, d’ailleurs ? Le mettre là, et espérer que quelqu’un le relaie, en tant qu’annotation-d’une-réflexion-suscitée-par-une-citation ? La substance est bien relationnelle…
Et là de voir que Karl Dubost rapplique, quelques jours plus tard, avec une tournée des protocoles possibles d’annotation du web. Son analogie initiale rapproche l’annotation du graffiti :
Une annotation est comme un graffiti, un commentaire, une note de pied de pages, c’est une information supplémentaire dans l’espace contextuel de la page.
Nous entrons (si nous n’y sommes pas déjà) dans le paradigme de la glose. Démultiplication à l’envi des variations, des déclinaisons, des reprises (souvent de rumeurs, pas même d’informations). Le référent se virtualise de plus en plus, la glose devient inscription parallèle et non autorisée (à la manière d’un graffiti), la glose est une méta-glose, où l’on perd l’origine du discours. Savons-nous encore de quoi nous parlons?
La glose n’est pas nouvelle : les textes religieux ont suscité ce rapport avec le langage, appelant une lecture-commentaire-relecture-recommentaire incessante. Montaigne a élaboré ses Essais depuis le geste de leur réécriture, de leur annotation, de leur augmentation interne. Quid de ce texte originel, aujourd’hui, à partir duquel travailler?
L’œuvre est un référent fondamental, qui balise le rapport avec l’expression et la représentation depuis des siècles. Dans la sphère numérique, son éclatement (déjà perceptible avec plusieurs trajectoires d’artistes du XXe siècle) se poursuit encore — son éclatement ou son caractère tentaculaire, d’ailleurs ? Le travail de François Bon, que je suis davantage, ou encore celui de Philippe de Jonckheere, ou autrement encore celui de Jean-Pierre Balpe, illustrent bien l’estompage des frontières empiriques et conventionnelles des œuvres. D’une certaine façon, ils incarnent bien l’idée forte d’un œuvre, celui d’un auteur, qui se construit sans cesse, sans contrainte de support et d’identité des objets, sans obligation de début et de fin, et qui n’est autre que la somme (non accumulation mais conjugaison) de ses parties.
En serions-nous ainsi à l’étape de l’œuvre au noir — rappel du Petit Robert : « le premier stade du grand œuvre consistant en la dissociation de la matière »?
* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
La dialectique de l’œuvre et de la glose sera au cœur d’un colloque qui se tiendra la semaine prochaine, à l’initiative de Mathilde Barraband et de Jean-François Hamel. « Les entours de l’œuvre. La littérature française contemporaine par elle-même » constituera une bonne mise à l’épreuve de cette relation tendue — cette tension n’émanant pas tant de l’examen des pratiques même des auteurs canoniques qui seront majoritairement convoqués que par le gouffre qui les sépare des aventuriers du numérique qui trouvent à investir et habiter un espace autrement configuré, où les notions d’œuvre et de frontière se définissent si différemment…
Catégorie : Littérature contemporaine,Littérature électronique | Un commentaire
Digital born lit-killer ?
30 avril 2009
À défaut d’avoir un texte écrit de ma communication au colloque Histoires et archives. Arts et littératures hypermédiatiques, ma présentation est consultable ici. Façon de laisser une trace de cette réflexion que je souhaiterais bien poursuivre.
Catégorie : Littérature électronique,Technologie | Commentaires fermés
Le livre : fin de la séparation du corps et de l’esprit ?
20 avril 2009
N. Katherine Hayles, « Print is Flat, Code is Deep : The Importance of Media-Specific Analysis », Poetics 2004. Observation préliminaire :
the long reign of print made it easy for literary criticism to ignore the specificities of the codex book when discussing literary texts. With significant exceptions, print literature was widely regarded as not having a body, only a speaking mind.
En conclusion, après avoir dressé le portrait des enjeux médiatiques de la littérature hypertextuelle :
In retrospect, we can see the view that the text is an immaterial verbal construction as an ideology that inflicts the Cartesian split between mind and body upon the textual corpus, separating into two fictional entities what is in actuality a dynamically interacting whole. Rooted in the Cartesian tradition, this ideology also betrays a class and economic division between the work of creation—the privileged activity of the author as an inspired genius—and the work of producing the book as a physical artifact, an activity relegated to publishers and booksellers. As the means of production moves into the hands of writers and artists for both print and electronic media with desktop publishing, fine letter presses run by artists’ collectives, such as the Visual Studies Workshop Press, and electronic publishing on the Web, the traditional split between the work of creation and the work of production no longer obtains. This shift in the economic and material circumstances in which literary works are produced makes all the more urgent the challenge of rethinking critical and theoretical frameworks accordingly. We can no longer afford to pretend that texts are immaterial or that text on screen is the same as text in print. The immateriality of the text has ceased to be a useful or even a viable fiction.
Catégorie : Littérature électronique,Théorie littéraire | Commentaires fermés