Écriture collaborative, rôle à la fois de lecteur et d’auteur participatif

Table des matières

Introduction
Chapitre 1
1,1) Publication et lecture en ligne
1,2) Prédominance du texte court
1,3) Un accueil mitigé par la critique littéraire
Chapitre 2
2,1) Structure et organisation de l’écriture collaborative
2,2) Une autorité à partager
Chapitre 3
3,1) Passage du statut de lecteur vers celui d’auteur
3,2) Les traces de la lecture
Conclusion

Bibliographie et webographie

Écriture collaborative, rôle à la fois de lecteur et d’auteur participatif

Introduction

Les circuits traditionnels de l’édition et de la littérature sont influencés par les environnements numériques valorisant le faire savoir, la diffusion, le partage et la communication. Par cet usage de dispositifs numériques, Caroline Angé et Lise Renaud observent non pas un caractère innovant tel qu’il est souvent revendiqué, mais plutôt une revisite, une « réécriture des écritures émergentes » (2014). De ce fait, la place de l’écrivain et celle de l’éditeur subissent quelques mutations et se redéfinissent tout autant. Toutefois, ce sujet de recherche porte son attention au bout de la chaîne littéraire et il s’intéresse au statut au rôle du lecteur à l’égard de l’écrit collaboratif. Il est souhaité de définir s’il y a une mutation observable instaurée par ce genre de procédé littéraire appelant substantiellement à la contribution et à la participation au sein de la communauté d’écrivains.

Ce sujet de recherche suggère de sonder l’écriture collaborative, une pratique littéraire collective pratiquée depuis l’Antiquité et ayant connu une recrudescence au siècle des Lumières avec la parution de l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1772). Depuis les années 1970, des logiciels numériques s’incluent dans la pratique de l’écriture collaborative avec le développement des écrans partagés et des logiciels de visioconférence. Aujourd’hui, le web 2.0 permet de faire évoluer l’écriture collaborative, par l’entremise de plateformes connectées et d’outils d’écriture en temps réel utilisés par plusieurs individus constituant une communauté de membres.

Ces romans collaboratifs en édition ouverte peuvent être écrits en format uniquement textuel ou intégrer le media storytelling défini par Jenkins comme « un processus dans lequel les éléments d’une fiction sont dispersés sur diverses plateformes médiatiques dans le but de créer une expérience de divertissement coordonnée et unifiée » (2003). Cette forme invite les autres auteurs, mais aussi les lecteurs à s’immiscer dans le processus créatif du développement de l’intrigue du scénario d’un récit littéraire. Il s’agirait de « rendre sa place au lecteur » pour « permettre au texte de s’actualiser pleinement à chaque lecture » selon les journées de conférences et de tables rondes #Liberathon : l’art de l’écriture collaborative tenues à Paris en 2013. La notion collaborative se retrouve aujourd’hui dans plusieurs secteurs de l’édition et de la publication. On dénombre des usages variés de la collaboration éditoriale, plus particulièrement dans les domaines de la traduction collaborative ou de la correction collaborative. Un autre exemple, en 2007, il y eut une expérimentation de communauté journalistique en source libre d’accès et en collaboratif nommé Assignment Zero (AZ). Ce regroupement s’adonne à la collaboration entre des journalistes amateurs et professionnels dans le but de créer une intelligence collective, une création collective et un filtre collectif de sources (Howe, 2007). Ces initiatives d’approvisionnement par la foule influencent aussi les bibliothèques qui songent fortement à revoir leurs politiques documentaires (Pouchol, 2006). Les bibliothèques se remettent en question sur la finalité de l’action publique et collaborative des usagers pour « coconstruire les collections avec les usagers. » (Breton, 2014)

Bien que le terme « écriture collaborative » fasse d’abord référence à l’acte d’écrire, il est pertinent de se questionner sur l’implication des lecteurs de cette pratique littéraire. Ce sujet cherche à comprendre le rôle du lecteur dans les différents contextes d’écriture collaborative existants actuellement. L’étude se concentre particulièrement sur la littérature de fiction. Aussi fréquemment évoqué par le terme anglophone « crowdsourcing » , l’écriture collaborative est un outil stratégique de collecte de masse ayant pour ressource les compétences du public (Howe, 2006). Il existe par ailleurs plusieurs types d’écritures collaboratives, par exemple : l’écriture encyclopédique, l’écriture collaborative pédagogique, la science-fiction, la fan-fiction et l’éditorialisation.

Afin de mieux spécifier l’idée générale de l’objet de la recherche et de mieux en définir la perception et l’organisation dans le cadre de cette étude, quelques concepts sont empruntés. Selon les travaux de Bücheler, Füchslin, Pfeifer et Sieg (2010) fondés sur le collaboration en sciences, la valeur de l’unicité forme, certes, une intelligence collective, mais représenterait en conséquence un niveau extrême d’ouverture de l’écriture, car il faut négocier avec des individus inconnus où l’émergence des comportements des participants joue un rôle important. Ensuite, le sujet emprunte à Marcello Vitali-Rosati le concept d’éditorialisation (2014), dans le sens où il est possible d’observer des changements de moyens techniques impliqués par les technologies dans la dynamique de la littérature et dans lequel le paradigme de la participation des usagers du web est important dans la dynamique d’écriture en ligne. Finalement, l’analyse se base sur la caractérisation des sites web et des outils textuels en ligne comme « des lieux privilégiés pour observer la façon dont la circulation des formes écrites participe de la médiation sociale des savoirs » attribuée par Jean Davallon (2003). Emmanuël Souchier va jusqu’à énoncer un « phénomène de la textualisation de la vie sociale qu’il dénote par deux activités essentielles, celles de la lecture et de l’écriture. » (2017)

C’est donc par le biais de ces quelques orientations que le présent sujet explore la pratique de la lecture de l’écriture collaborative sur le web. Bien que cette méthode d’écriture connaisse une plus-value par l’intermédiaire des avancées techniques du web et qu’elle voit un gain en popularité au sein des communautés web, cette pratique reste néanmoins marginale en littérature contemporaine. L’engouement demeure limité à un certain réseau et ne constitue pas un mouvement encore généralisé dans le domaine des lettres.

En avançant les connaissances sur cette technique d’écriture et de ses impacts sur le lecteur, ce sujet a, par ce fait, le but de répondre plus clairement à l’interrogation suivante : comment les romans en écriture collaborative conduisent-ils à la mutation du rôle de lecteur et de la réception des textes ? Cette question, posée de façon globale, interroge l’influence des environnements d’écriture collaborative composés des plateformes d’écriture et des textes parus, dans lesquels les lecteurs sont invités à collaborer, de la conception de contenus littéraires à leur publication. L’étude prospectera aussi sur cette forme littéraire numérique contemporaine en mettant l’accent sur le passage de la lecture vers l’écriture qu’engendre la littérature collaborative. De ce fait, ce questionnement côtoie, en outre, les enjeux de l’édition en contexte numérique et en ligne.

Pour guider la recherche, l’hypothèse avancée est qu’il y aurait un glissement de l’acte de la lecture vers celui plus valorisé de l’écriture. Cela aurait pour impact de transformer l’appellation de « lecteur » vers la dénomination d’ « auteur collaboratif » puisque l’écriture collaborative engage, par sa caractéristique propre d’une rédaction commune, celui-ci à s’investir dorénavant dans l’écriture de ce qui sera donné de lire par la suite.

Le corpus analysé se compose à la fois de plateformes d’écriture collaborative et de projets édités composés par écriture collaborative. Voici la présentation de chacun des éléments sélectionnés, suivie d’une brève description pour chacun d’eux :

Les plateformes d’écriture collaborative – Bien que ces sites Internet déploient leur propre architecture originale selon le propos mis de l’avant ou selon l’organisation interne qu’ils souhaitent impulser, toutes les plateformes présentes au corpus possèdent le même principe de base : celui de la proposition d’une prémisse d’histoire initiale à partir de laquelle la communauté d’auteurs collaboratifs rédige la suite.

Widbook : une plateforme anglophone lancée en 2012 dont le siège social est situé au Brésil. Elle permet, de façon simple et ludique, d’écrire, de lire et de partager un livre en écriture collaborative. 
Repéré à : http://www.widbook.com/
Préambule : cette plateforme francophone et québécoise parue en 2016, et ayant connu la fermeture de leur site en 2017, propose une formule expérimentale de l’écriture collaborative : les écrivains se positionnent en « pionnier » pour proposer un préambule d’histoire ou en «  aventurier » pour écrire la suite d’un préambule. La plateforme convoque ensuite la communauté pour voter les meilleurs préambules dont l’écriture sera continuée par un auteur invité et dont le texte final sera publié dans la bibliothèque numérique de la plateforme.
Repéré à : http://www.preambule.cc/
Inédits : cette plateforme francophone a la particularité d’être une initiative émergée en 2017 d’une jeune maison d’édition française spécialisée dans la nouvelle littéraire. Privilégiant la publication de textes courts et de nouvelles, ce site propose une dizaine de fictions partagées auxquelles des auteurs collaboratifs de tout horizon peuvent se joindre.
Repéré à : https://inedits.fr/

Les parutions créées par écriture collaborative – Les méthodes d’écriture collaborative sont divergentes les unes des autres, ainsi que les résultats. La dynamique développée au sein des communautés de ces projets dépend des ambitions initialement impulsées et de l’outil web de publication employé.

Crowd Control : Heaven Makes a Killing (2016) du CNET de CBS Interactive : ce roman de langue anglaise fut composé grâce à l’écriture collaborative se compose de vingt-deux chapitres publiés entre mai et juin 2016. Le but de l’entreprise est de composer chaque chapitre en soixante-quinze minutes maximum. Il est publié sur le site du CNET, un site web d’information touchant à l’informatique, aux nouvelles technologies et à Internet en général.
Repéré à : https://www.cnet.com/crowd-control/
A Million Penguins (2007) de la maison d’édition anglaise Penguin Books : ce projet est mis en place pour expérimenter la forme d’écriture collaborative par approvisionnement par la foule. Cet exemple fut choisi, car il démontre l’intérêt des grandes maisons d’édition à se lancer dans cette tendance littéraire numérique.
Repéré à : http://www.amillionpenguins.com/
Mercoeur (2013) de Charles Flammand : Mercœur est le projet d’un roman construit en temps réel par écriture collaborative et disponible sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Tumblr.
Repéré à : https://twitter.com/mercoeurtweets, https://www.facebook.com/pg/MercoeurRoman2.0/posts/ et http://mercoeur.tumblr.com/

Le sujet est divisé de la manière suivante : en première partie, il sera évoqué la multiplicité des plateformes d’écriture collaborative. Il sera dressé un portrait des diverses ambitions littéraires et le résultat de finalités littéraires hétéroclites. Par la suite, la deuxième section sera destinée à la variabilité des organisations et des niveaux d’autorité au sein des communautés d’écriture collaborative. Enfin, la troisième partie portera sur les statuts du lecteur, entre action et semi-passivité, mettant en lumière les différences entre le rôle d’écrivain collaboratif et celui de lecteur créateur de traces.

 

Chapitre 1

1,1) Publication et lecture en ligne

Le format de publication influence certainement la façon de lire. Le format privilégié pour la diffusion des textes est sans contesté le format numérique. La quasi-totalité des textes est consultable uniquement et directement sur les plateformes d’écriture collaborative et sur les sites web utilisés par les auteurs des textes en écriture collaborative. Ceci est une caractéristique intéressante, d’autant plus qu’il n’y a pas de proposition de téléchargement pour une lecture sur une liseuse numérique. Pour illustrer ce point, par exemple, la lecture des textes de la plateforme Widbook se fait uniquement à partir de leur site Internet (cf. Image 1). De son côté, la plateforme Inédits propose aussi la lecture des récits simplement à partir de leur site selon le principe d’un arbre de lecture. Les fictions se construisent selon différentes arborescences appelées des « arbres » (cf. Image 2), et suivent une pluralité de fils narratifs. Cette construction particulière est une nouvelle manière de lire un récit. Le lecteur choisit son propre cheminement, pour lire à sa guise et pour suivre un itinéraire unique dans la fiction. Conjointement à cela, Inédits, qui est d’abord une jeune maison d’édition, invite les visiteurs du site à s’essayer à l’écriture et de courir la chance de voir leur texte mis en ligne ou d’être publié. La publication imprimée papier est, par ailleurs, une proposition caractéristique d’Inédits (cf. Image 3).

Pour accompagner cette lecture en ligne, Widbook se distingue d’Inédits en mettant à disposition des lecteurs différents outils d’orientation et d’informations complémentaires à la lecture (cf. Image 1). Ces quelques précisions font savoir au lecteur le temps de lecture prévu, le nombre de chapitres à lire, la langue d’écriture, le genre littéraire, l’année d’écriture, le nombre de fois que ce texte fut lu et un synopsis. Autre particularité de Widbook, le lecteur peut se constituer des listes de lecture grâce à la création de collections, contrairement à Inédits où la lecture se fait en direct.

Le fait de valoriser uniquement la publication des écrits à travers un support presque exclusivement numérique pose de sérieuses questions sur la pérennité des textes. Dans les exemples sélectionnés au corpus, il n’y a pas de possibilité de télécharger les contenus pour les sauvegarder sur un support externe. Cela est évidemment ennuyeux lorsqu’on imagine qu’une plateforme peut avoir une durée de vie limitée. C’est le cas de la plateforme québécoise Préambule, disponible de 2016 à 2017. Aujourd’hui, la plateforme héberge un site web asiatique et les contenus littéraires produits pendant leur période d’activité semblent introuvables.

 

Image 1 : Plateforme Widbook, informations de lecture à propos d’un récit en écriture collaborative © Widbook, 2018

 

Image 2 : Plateforme Inédits, présentation du site dans la rubrique « Comment ça marche » © Inédits, 2018
Image 3 : Plateforme Inédits, principe de l’arbre présenté au lecteur pour lire les textes d’un récit en écriture collaborative © Inédits, 2018

 

1,2) Prédominance du texte court

Outre le support numérique qui impacte les modes de lecture des textes, l’écriture collaborative en ligne produit une influence sur le gabarit des textes produits. Une tendance semble émerger des plateformes web et des récits présents au corpus analysé pour cette étude. La forme littéraire courte s’avère mise de l’avant par la pratique d’écriture collaborative. Selon les cas étudiés au corpus, le genre de la nouvelle littéraire et des expressions textuelles concises sont davantage valorisés. La plateforme Inédits est d’ailleurs une maison d’édition spécialisée dans le genre de la nouvelle littéraire. La ligne éditoriale de la jeune maison d’édition arbore une « politique éditoriale axée autour du texte court » (Inédits, 2018) et favorise la mise au goût du jour de ce qu’ils désignent comme étant un genre littéraire délaissé : la nouvelle. Sans détour, ils considèrent ouvertement que la nouvelle est le format le plus adapté aux modes de vie actuels (Inédits, 2018). Cette disposition découle certainement du contexte de création de l’écriture collaborative. Dans ce cadre, les propositions de prémisses par des auteurs résultent souvent à l’énonciation de courts extraits servant à lancer une idée générale d’histoire dont le but est de poursuivre la narration. Afin de capter l’attention des écrivains potentiels, les auteurs initiateurs ont intérêts de développer un style direct, concret et accrocheur.

Un autre argument, pour comprendre cette tendance, peut émaner du choix de l’outil utilisé comme moyen pour écrire le récit en écriture collaborative. Le roman Mercoeur de Charles Flammand, par exemple, est écrit sur plusieurs réseaux sociaux, dont Twitter (cf. Image 4). La singularité de Twitter est que la page d’un compte autorise d’écrire des commentaires composés de photos, de GIF, de vidéos et de textes compris dans un maximum de deux cent quatre-vingts signes (contre ces quarante caractères avant 2015). Cette contrainte oriente grandement le contenu textuel produit par les auteurs collaboratifs et, par conséquent, le format de ce que lira le lecteur.

Image 4 : Interface de la page Twitter du roman Mercœur de Charles Flammand © Twitter, 2018

 

1,3) Un accueil mitigé par la critique littéraire

Une certaine audace semble s’exhaler du renouveau des formats de publication et des formats littéraires de l’écriture collaborative en ligne. La démarche, inusitée et importante pour le résultat final, modèle le produit littéraire depuis le début du processus de création jusqu’à la réception des récits publiés. Bien que cette innovation puisse dans un premier temps être félicitée et qu’un engouement est ressenti, l’accueil est tempéré. Parmi toutes les plateformes et les œuvres du corpus, les conclusions faites par la critique sont quelque peu mitigées, malgré la constatation d’un engouement initialement affiché. D’abord, la critique est enthousiaste de la démarche de l’écriture collaborative. Ensuite, ce qui est réellement reproché des récits, une fois la lecture des publications faite, c’est la qualité littéraire qui n’est pas au rendez-vous. En d’autres termes, ces expériences sont des échecs littéraires. Le site Flavorwire, le cyber journaliste culturel Jonathon Sturgeon ne fait aucun détour lorsqu’il titre explicitement « The World’s First Crowdsourced Sci-fi Novel Isn’t Good » . Il précise qu’à l’annonce de ce projet, il publiait un article optimiste par rapport au processus d’écriture du roman, mais aussi pour l’aspect inédit qu’il fut choisi par un algorithme éditeur. À la sortie de Crowd Control : Heaven Makes a Killing, il décrit une déception à la hauteur de ses attentes. Selon Sturgeon, l’intrigue manque de cohérence et les personnages manquent de profondeur dans les descriptions. Autre exemple, l’expérience A Million Penguins n’a pas connu un franc succès dès ses premières publications. Les critiques proviennent même des concurrents eux-mêmes. Dans un article mis en ligne en 2007 sur le site Wire, Kristin Gorski rapporte les propos imagés d’une contributrice « […] Est-ce qu’une centaine de cuisiniers dans une cuisine seraient capables de créer un plat comestible ? […] » Ce à quoi un autre contributeur rétorque : « C’est une excellente idée ! Qui se soucie si le résultat final n’est pas parfait – c’est une façon décontractée pour les écrivains de se rassembler et d’être en collaboration. Honte aux défaitistes ! » À la lumière de ces propos, il est à penser que le plaisir passe certainement la procédure de création et la participation à l’acte communautaire d’écrire. Les qualités littéraires reconnues d’un texte ne découlent peut-être pas dans la finalité de la lecture d’un écrit collaboratif.

En outre, dans le corpus des œuvres proposées, seul Mercœur de Charles Flammand reçoit des critiques plutôt favorables grâce à son originalité et au dynamisme créé par les contraintes des divers réseaux sociaux employés pour la publication des segments de l’histoire.

 

Chapitre 2

2,1) Structure et organisation de l’écriture collaborative

Les expérimentations continuelles permettent de formuler des critiques qui aident à construire des contours plus clairs de la pratique d’écriture collaborative. L’aspect qui semble le plus reproché dans cette expérience collective est l’environnement chaotique qu’il peut exister au sein des communautés. Cela a pour impact de considérer la structure de l’organisation du travail comme un flux continu des activités à accomplir. Les frontières nébuleuses de l’architecture de l’organisation du travail de l’écriture par approvisionnement par la foule peuvent sembler gênantes et déstabilisantes pour les auteurs collaboratifs (Renault, 2014). Pour contrer l’effet d’une masse organisationnelle obscure, une écriture coopérative proposerait aux écrivains-lecteurs de participer en sélectionnant les aspects et les tâches à pourvoir (Papy, Folcher, Sidir, Cerratto Pargman, 1997). Pour remédier à cela, le travail de composition littéraire à effectuer a tendance à être envisagé de façon divisée et non de manière globale. Ainsi, l’organisation du travail se constitue d’une multitude de petites tâches indépendantes. À vouloir trouver une solution à l’harmonisation des équipes, pouvant être composées d’une dizaine de personnes jusqu’à plus d’une centaine, les contre-effets provoquent une impression de livres mécaniques suivant des règles préétablies dont il faudrait remplir les cases (Kim, Sterman, Beal Cohen, Bernstein, 2017). Face à des tâches ingrates, l’enjeu d’une entreprise d’écriture collaborative est de les rendre plus ludiques et attractives pour les écrivains. De grands efforts doivent être mis en place pour étoffer des stratégies marketing afin de mieux valoriser la contribution de l’utilisateur-écrivain-lecteur. Une chose qui n’est pas évidente, car pour que l’écriture collective fonctionne, il faut des règles claires et simples. On dénote des échos similaires au sein des communautés en source libre d’accès lorsqu’il est question de créer des langages de programmation. C’est le cas d’une observation faite par Schmitt-Cornet (2016) avec la communauté Python. Il constate qu’une intervention trop exhaustive par un pair a des chances de ne pas être lue, mais surtout de faire face à une critique ouverte à son endroit. Pour illustrer ce propos, il soulève l’interpellation d’un collaborateur à une intervention longue d’un des membres de la communauté : « Too Long ; Didn’t Read » .

 Les plateformes cherchent donc à simplifier le travail collaboratif. Sur les plateformes Widbook et Inédits, il y a un fort accent mis sur l’accessibilité et la facilité d’intégrer leur communauté. L’attitude globale de ces deux sites web semble mettre de l’avant le fait que, peu importe le genre du lecteur, il pourra trouver sur leur plateforme le genre de texte qui leur conviendra.

 

2,2) Une autorité à partager

Le roman collaboratif en contexte numérique représente un tout nouvel univers. Analogiquement, cette méthode de composition littéraire en communauté virtuelle peut être perçue comme un nouvel empire. La comparaison découle du fait que ses membres proviennent de partout dans le monde et que le livre, une œuvre commune, est considéré comme un nouveau territoire à conquérir par les écrivains et les lecteurs (Bonacchi, 2017). Malgré cette impression d’égalité entre les membres des communautés, l’autorité auctoriale est tout de même présente dans certains cas. Par exemple, pour le récit Mercœur, l’auteur initiateur du projet Charles Flammand, a supprimé l’option d’espaces voués aux « commentaires » du public sur les différents réseaux sociaux utilisés pour publier les contenus textuels. Ainsi, il garde un certain contrôle sur les réactions des lecteurs et il accorde une plus grande importance aux individus ayant une activité d’écriture au sein de sa communauté. De même, la plateforme Inédits ne publie pas toutes les propositions de contenus textuels. Il existe un procédé de relecture exécuté par un comité spécifique avant la mise en ligne. Cela assure la cohérence des différentes suites des prémisses d’histoires proposées par les auteurs initiaux. Le pouvoir décisionnel reste flou et dans ce cas précis, cela semble être même contraire à ce que pourrait décrire Anne Besson (2010) par une « autorité collégiale et mouvante, qui se confond intégralement avec une communauté interprétative et va donc tendre à se prendre elle-même pour objet privilégié. On assiste à une autoassignation de contraintes, à la production collective de normes valides pour ce monde, où entrent en jeu l’approbation des autres fans et une volonté commune de fidélité à l’Essence et à la Vérité du texte aimé » . Effectivement, cela peut ressembler aux principes évoqués par Anne Besson, mais la plateforme possède au final le dernier mot et la procédure de sélection n’est pas précisément expliquée de façon transparente.

Chapitre 3

3,1) Passage du statut de lecteur vers celui d’auteur

Avec l’appel à participer à l’écriture des récits, l’écriture collaborative fait naître des changements dans les attentes envers les lecteurs. Cette nouvelle génération de lecteurs actifs devient pluridisciplinaire et elle touche à tous les aspects de la création d’un roman. Dans un esprit d’interactivité et de partage, les lecteurs deviennent dorénavant des « auteurs collaboratifs » (Augé, 2018) et l’appellation de « lecteurs » tend à disparaître. La fonction d’auteur se différencie essentiellement des communautés de bêta-lecteur reléguées davantage aux tâches critiques du travail de lecteurs pour corriger un texte et vérifier la cohérence de l’histoire. Qu’il s’agisse d’écriture de contenu ou de correction, la contribution de la personne autrefois uniquement lectrice dans son intimité doit apporter une participation qui peut être diversifiée allant de l’ordre de l’écriture, de la correction, de la mise en page ou de l’édition (Pappy, Folcher, Sidir, Cerratto Pargman, 1997).

De façon connexe, cela engendre des considérations assez éloignées des préoccupations d’origine du lecteur d’un roman plus traditionnel. Par exemple, à plusieurs écrivains, il est à se soucier de ce qu’il advient des droits d’auteur. À plusieurs auteurs, plusieurs droits d’auteur ? Pour contrer les blocages éventuels et pour rendre une œuvre libre de droits, le projet du système d’exploitation GNU ou la licence FSF ont réactualisé en 2009 le gauche d’auteur, ou plus communément appelé le copyleft, un concept introduit depuis les années 1970. Il s’agit d’un moyen qui profite à la communauté collaborative et qui permet la modification par tous des contenus (entre autres) littéraires. Les licences Creative Commons (CC), un autre type de droits d’auteur fondé en 2001, comprennent différents échelons de protection des données. Elles sont très utilisées pour les contenus en ligne. Ces licences non commerciales sont des manières raisonnables et flexibles d’appliquer les droits d’auteur dans un contexte numérique.

Pour aller un peu plus loin, il faudrait également considérer, comme des auteurs participants activement à l’écriture collaborative, les programmeurs et les graphistes des plateformes et des sites web qui accueillent les expériences de récits en écriture collaborative. Dans le corpus de ce sujet, ils sont les écrivains de l’ombre dont les droits d’auteur et les droits à l’image sont certainement protégés. Dans les plateformes et les récits en écriture collaborative présents au corpus, aucun des exemple n’est en code source ouvert (open source). Cela signifie que les supports web où se déroule l’activité d’écriture collaborative bloquent l’intrusion au code source et ils rendent impossible l’accès à la création de travaux d’écriture dérivés dans le programme d’une plateforme ou dans la présentation d’un récit. Il est vrai que ce type d’écriture découle précisément d’un texte en langage de programmation représentant les instructions du programme d’exploitation. Cependant, il pourrait y avoir un fort intérêt à intégrer au processus d’écriture collaboration la participation à l’amélioration du code source. Malgré cela, il est envisageable de penser que c’est le cas dans un autre exemple d’écriture collaborative non étudié ici.

L’écriture collaborative est finalement un moyen d’unir dans un même projet plusieurs personnes aux profils différents pour les faire travailler à un objet commun et mettre en valeur les qualités des lecteurs qui prennent dorénavant aussi la place de l’auteur. Avec ce principe, tous les individus sont susceptibles d’apporter des informations constructives à un projet communautaire. Dans ce cas précis de d’écriture collaborative avec des outils numériques, le développement des techniques montre qu’il s’agit d’un accès des savoirs qui requiert du lecteur éclairé une capacité à lire et à comprendre, mais également à faire, à refaire et d’améliorer (Simondon, 1989).

 

3,2) Les traces de la lecture

Au fil des avancées de la recherche sur l’écriture collaborative, il est raisonnable de se demander à présent, en concordance avec la sollicitation de la participation des écrivains, quelle serait la participation envisagée par le lecteur. Il serait tentant d’opposer le rôle du lecteur à la coopération active qui est demandée aux écrivains dans le procédé de création. Il est envisageable dans ce cas de figure de supposer que celui-ci soit simplement spectateur du texte, soit passif. Cette réflexion automatique provient certainement du fait que leur lecture ne laisse pas de traces visibles sur les plateformes ou dans les récits. Effectivement, un lecteur a encore le choix d’uniquement lire les contenus publiés, sans donner son avis ou sans faire preuve d’une manifestation quelconque. Ceci est sans compter que peu de choses échappent à la navigation web qui enregistre tout. Dans un contexte numérique, « [l]es activités ainsi conduites laissent des traces qui ne sont pas nécessairement intentionnelles. » (Galinon-Mélénec et Zlitini, 2013) Derrière le visible d’une interface, de ce qui est donné à voir au lecteur, se trouve le traitement des données numérisées qui sauvegarde les témoignages du passage de l’utilisateur, sans que ce dernier s’en aperçoive. Dans ce sens, le lecteur subit le même traitement lorsqu’il visite un site Internet pour lire un récit en écriture collaborative. Il laisse des traces malgré lui lors de sa lecture, soit une forme d’écriture. Tout est cumulé, chaque geste : cliquer, faire défiler une page, s’attarder sur un passage, etc. En définitive, visiter une plateforme pour lire un texte témoigne d’une attitude, puis d’une habitude de consommation de lecture et « permet effectivement de faire émerger des graphes comportementaux non visibles sans eux. » (Galinon-Mélénec et Monseigne, 2011). De ces marques laissées par les lecteurs, s’ensuit la récupération des datas pour utiliser leur potentialité analytique.

En poursuivant la réflexion de Galinon-Mélénec et Monseigne, il faut se questionner sur les processus d’analyse de ces données utilisés par les plateformes, pas les auteurs initiateurs de prémisses ou par les communautés elles-mêmes : « comment se font les connexions ? À partir de quelles données ? Avec quel tri ? Mis en relation à partir de quel algorithme ? Et les résultats, comment sont-ils interprétés ? (…) [L]es traces numériques ne disent rien de plus que ce que l’ont veut bien leur faire dire et qu’elles ne reflètent en aucun cas la profondeur et la complexité de chaque individu. » (2011) En cherchant sur les plateformes d’écriture collaborative, seul Widbook laisse transparaître que la lecture est suivie grâce à une barre évolutive lors de la progression dans le texte. Ce n’est pas le cas pour Inédits ou Cnet, mais il est plausible qu’ils puissent connaître la navigation des lecteurs à travers leurs textes.

Cette section de l’étude démontre bien qu’au sein d’une même communauté d’écriture collaborative, il est concevable d’occuper un rôle d’écrivain ou de lecteur. Il existe une interdépendance entre les membres. Peu importe le rôle choisi par le membre, il fait partie de la communauté d’écriture collaborative à part entière et sa participation répond à des besoins différents, selon la temporalité des étapes de production ou de diffusion d’une œuvre littéraire. Par cet esprit de groupe et par l’importance de la participation de tous, la distance entre les membres est diminuée et met en place la dominance des complémentarités des qualifications pour l’intérêt de l’intelligence collective.

Conclusion

Aux termes de cette exploration des dispositions vécues par le lecteur dans un contexte d’écriture collaborative sur le web, il est dorénavant opportun de pouvoir répondre à la problématique initiale. Alors, comment les récits en écriture collaborative numérique conduisent-ils à la mutation du rôle de lecteur et de la réception des textes par le public ? D’abord, le constat est que l’écriture collaborative met, au préalable, plus d’importance quant à l’implication des individus dans le processus d’écriture des récits à produire, plutôt qu’à la lecture des textes publiés. Du moins, la lecture des récits en cours de composition peut tout autant être intrinsèque au processus d’écriture pour certaines plateformes en ligne en, par exemple, faisant voter les lecteurs pour la sélection des textes qui seront poursuivis ou abandonnés. De ces observations, il en ressort l’impression que le lecteur est premièrement sollicité à se lancer dans l’acte d’écriture, puis qu’il éprouve le plaisir de lire un travail d’écriture dans lequel le lecteur se projette d’y participer lui-même et d’y laisser sa trace. La satisfaction ne proviendrait donc pas nécessairement d’un texte ayant de fortes qualités littéraires, mais ayant une force inclusive. Cela donne à voir un premier glissement perceptible de la définition du rôle du lecteur et de sa fonction qui s’ouvre au-delà de la classique réception finale d’un récit. Dorénavant, en situation d’écriture collaborative, il peut facilement s’impliquer dans le processus de production du texte et lire ou écrire avant la publication finale d’un texte. Il peut prendre part dans le geste créatif de l’écriture, mais aussi donner un sens tout aussi créatif et utile à sa lecture.

Après avoir visité en surface l’univers de l’écriture collaborative, il est légitime de se demander si ce genre littéraire est réellement ouvert en tout point. Grâce à l’application d’une certaine autorité employée par les plateformes et par les auteurs initiateurs des projets, en plus de l’opacité de certains procédés de sélections à la publication, l’écriture collaborative, tel qu’étudiée ici, permet de relativiser la logique binaire qui tend facilement à opposer en tout point l’objet d’un texte virtuel totalement ouvert, face à un livre imprimé sur papier complètement fermé (Jeanneret, Souchier, 2005, Davallon, Jeanneret, 2004). Ni un, ni l’autre ne sont composés ainsi et les formes d’écriture collaborative présentées ici sont passablement de l’ordre de l’hybridité des genres.

Ensuite, il semble que l’intégration du lecteur passe davantage par la conversion de celui-ci au statut d’écrivain dans la communauté d’écriture collaborative. L’intérêt majeur de l’écriture collaborative en ligne est l’accessibilité par tous de pouvoir s’intégrer dans le geste d’écriture et de se glisser dans le rôle de l’écrivain. Autrefois, l’écriture d’un récit était réservée du moins à un corps de métier spécifique, à une certaine élite lettrée. Ce rapport bascule avec l’écriture collaborative en ligne, car tout le monde peut prétendre s’affilier à une communauté d’écrivains collaboratifs, sans prérequis de connaissances à l’écriture. Le contexte numérique facilite l’accès, comparativement aux envois postaux plus laborieux et plus asynchrones d’autres fois. Sur ce point, on relève une redéfinition certaine de l’autorité auctoriale. L’organisation est de préférence horizontale que celle traditionnellement verticale. Comme dénouement de ce point, il serait à considérer l’ouverture de l’accessibilité comme une occasion permettant la production littéraire. Cela peut retrouver écho dans les préoccupations du mouvement actuel des humanités humérales qui allie, selon Aurélien Berra (2012), autant le savoir que le faire.

En marge de ces considérations concernant le statut du lecteur, l’émergence de l’écriture collaborative dans un écosystème numérique affecte de manière plus large et directe le monde des livres et ses métiers. Ce cas d’étude annonce effectivement une valorisation de la publication en ligne, au détriment de l’impression papier. Bien que dans le corpus analysé une plateforme (Inédits) propose l’impression d’une sélection restreinte de récits, aucun des textes sélectionnés ne propose une version papier de leur texte. Ainsi, selon le corpus, cette orientation démontre une nette préférence à la publication des textes au format presque entièrement numérique. Le nombre de plateforme et de textes étudiés ne permet pas d’énoncer une affirmation générale, mais témoigne d’une tendance à la publication numérique. Tel qu’évoqué lors de la deuxième partie du sujet, le format numérique interroge à bien des égards la notion de pérennité des textes en écriture collaborative. La pertinence de cette remarque entre en concordance avec le fait qu’une des plateformes du corpus, Préambule, n’existe plus après une mise en ligne d’une période deux années. Il serait juste d’approfondir le sort dédié aux textes produits lors de ces deux années et de se demander s’ils sont aujourd’hui encore disponibles à la lecture. Aux premiers abords, un des désavantages de cette brièveté des textes et la restriction de l’accessibilité des récits publiés par les lecteurs.
L’étude du sujet tirant à sa fin, il reste une myriade d’aspects que l’exercice n’a pas permis d’explorer. Pour ouvrir ce sujet vers des préoccupations complémentaires, le contexte quasiment entièrement numérisé de l’écriture collaborative étudiée dans ce sujet porte l’attention sur la protection des données, celui des droits d’auteurs, mais laisse à imaginer, en dehors du contenu textuel d’une œuvre, la présentation graphique et les conditions techniques dans lesquelles sont publiés les récits. Ainsi, serait-il intéressant de réfléchir à la protection des droits d’auteur relatifs aux informaticiens qui programment le langage codé pour structurer la plateforme d’écriture collaborative. De façon plus globale, tel que vu plus tôt, il est tout à fait possible de considérer que le programmeur informatique entre à sa façon dans le procédé d’écriture et il devient écrivain à part entière dans l’écriture collaborative en ligne. Il serait envisageable de considérer son travail d’écriture dans le processus créatif et d’ouvrir le code en source ouverte, comme c’est le cas pour le texte du récit littéraire.

Un autre sujet connexe à l’étude, et sur lequel il serait intéressant de s’y pencher plus sérieusement, serait d’effectuer des recherches pour examiner en détail les stratégies rhétoriques des plateformes d’écritures collaboratives. Il y aurait beaucoup à apprendre sur la façon dont ils font l’appel auprès des lecteurs pour participer. Cet aspect fut rapidement évoqué avec l’amorce de départ de la plateforme Inédits mettant de l’avant la probabilité de voir son texte publié lors de la connexion à leur site (cf. Image 2). Ce serait captivant de mieux comprendre comment ces éditeurs proposent en amorce à l’adhésion à la communauté et quelle est la couleur des ambitions qu’ils promeuvent, puis de comparer avec les faits réels.

Dans le domaine littéraire, d’autres institutions s’inspirent de l’intégration des lecteurs dans le processus créatif. Ces initiatives d’écriture collaborative influencent notamment les bibliothèques qui songent fortement à revoir leurs politiques documentaires (Pouchol, 2006). Les bibliothèques s’interrogent sur la finalité de l’action publique et collaborative des usagers pour « coconstruire les collections avec les usagers. » (Breton, 2014).

Le tout dernier point d’ouverture de recherche concerne la prochaine étape attendue dans le domaine de l’écriture : celle de la création et de l’adoption d’une intelligence artificielle (IA) capable de composer des textes. Ce phénomène arrivera dans un futur très proche puisque le roman en écriture collaborative Crowd Control: Heaven Makes a Killing du Cnet y travaille actuellement. Cet aboutissement ultime aurait par impact le remplacement par des algorithmes et des machines de l’activité ancestrale de l’écriture par les humains. Cette technique est, par ailleurs, expérimentée dans différents genres de la littérature, entre autres dans le domaine dramatique. C’est le cas avec la création d’un générateur automatique de textes conçu par Samuel Szoniecky et Jean-Pierre Balpe, encore au stade du champ exploratoire de la recherche. Cet outil fait partie du travail actuel du Collectif Hortense basé à Toulouse en France. Pour composer le texte, l’algorithme puise sa matière dans le flux médiatique immédiat disponible en ligne (la radio, les sites d’informations, les différents réseaux sociaux tels que Twitter ou Facebook). Cela suit un peu le principe d’un « mashup » textuel. Quoiqu’encore au stade embryonnaire, cette proposition pose des questionnements linguistiques en interrogeant les mécanismes et la cohérence des discours. Il est possible de consulter et de générer, sous forme d’échantillon, des extraits par cette URL : http://gapai.univ-paris8.fr/generateur/services/api.php?oeu=54&cpt=170064&frt=html&btn=1

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