Ce que l’on a fabriqué en un an

26 février 2011

futur du numeriqueJe ne voulais pas manquer cet anniversaire. Par nostalgie un peu, par acquit de conscience aussi, par souci de marquer le temps qui a passé. Il y a un an se tenait à Québec la Fabrique du numérique. Événement inspiré du modèle du BookCamp, que l’on a remâché à notre façon — Éric Duchemin, Clément Laberge et moi.

Plusieurs dizaines de personnes (j’ai perdu le décompte) s’étaient réunies, simplement pour le plaisir de discuter édition numérique, livres électroniques et enjeux divers (distribution, modèles économiques, identité numérique, revues en ligne…). Des gens du monde littéraire, d’autres du monde scientifique/académique/universitaire, d’autres encore plutôt liés à la création ou au milieu de la blogosphère. Un échantillon vraiment hétéroclite. Des discussions inattendues ont eu lieu, des échanges imprévisibles entre acteurs non professionnellement liables, des connivences se sont installées. C’était déjà beaucoup, c’était déjà réussi.

Peut-on mesurer les traces de cet événement ? Très difficile. Nos prévisions utopistes nous faisaient conclure l’événement avec un manifeste ; on ne s’est pas rendu à cette étape en après-midi. Certains post-it de la fenêtre ont-ils germé ? Sûrement, d’une façon ou d’une autre. Mais par dessus tout, pas envie de faire œuvre de traçabilité ici. Plutôt prendre le pouls de la dernière année.

Quelques observations ? Je risque de me faire rabrouer, mais l’exercice est stimulant. Pourquoi s’en priver…

Si l’esprit de la Fabrique était celui d’une communauté qui cherche collégialement, la situation actuelle est plutôt apparentée à un processus d’industrialisation. Le marché du livre numérique se structure de plus en plus, les acteurs prennent place, certains émergent alors que d’autres disparaissent. Cette étiquette d’industrialisation peut être connotée négativement, pourtant elle renvoie à un mode de rapport entre une société, son capacité de production et les produits. Des producteurs se spécialisent, un marché est établi et cerné, des consommateurs se présentent (tranquillement) au portillon.

Où est la culture dans tout ça ? Elle s’institutionnalise tout autant. Revues spécialisées, programmes de formation, programmes de soutien aux artistes émergents, événements de diffusion, financement. Néanmoins, une réelle prise en charge large par le public de cette culture dite numérique tarde à se faire sentir. Il y a toute une courbe d’apprivoisement avant que ça s’insère « naturellement » dans la culture au sens général. Si l’idée du livre numérique fait tranquillement son chemin, son adoption, elle, reste relativement restreinte à certaines niches (dont le secteur académique). Il y a du chemin à faire de ce côté.

La question de l’identité numérique, noyautée par les enjeux de vie privée, ne franchit pas le cap du large public. Les Facebook de ce monde, trop souvent démonisés par les médias, accaparent tout l’espace mental collectif. Difficile de tenir une réflexion articulée sur la présence numérique des gens, sinon par ses ratés : conditions pathologiques de dépendance au web, Facebook comme vecteur de violence psychologique entre jeunes, prédateurs sexuels, au mieux commence-t-on à envisager la gestion de l’héritage numérique de personnes décédées…

La construction de soi, le développement en ligne d’une facette professionnelle, l’économie de l’attention et le recentrement des médias sociaux autour d’un meilleur modelage des visages de soi présentés au monde demeurent les parents pauvres de la réflexion. À peine entame-t-on le lent processus d’intégration de modules de digital literacy dans les cursus académiques. Paradoxalement, cette réflexion avancera en raison des dérapes (para-)juridiques… Triste, mais au moins efficace…

L’entrée du livre numérique dans le paysage culturel fait encore abstraction des usages concrets des livres. Le livre continue d’être considéré comme une pratique unique, avec des configurations statiques et une seule conception de la lecture. Et c’est le modèle du roman qui l’emporte (il faudrait revenir sur ce que ça représente, symboliquement parlant). ePub, pdf et livres-applications sont modelés en fonction de cette lecture continue, balisée par les chapitres (qui sont des repères plutôt que de réelles sections) et où l’on n’a pas à s’y retrouver autrement que par les fonctions de signets (proposées à l’interne par les logiciels de lecture). Conception bien étroite de cet objet polymorphe…

Comment inscrire la poésie sous format ePub ? Comment arriver à gérer facilement (côté éditeur) les tableaux et nombreuses notes en bas de page des ouvrages scientifiques dans un ePub ? Quel protocole de citation utiliser (ou inventer!) pour les ouvrages à recomposition paginale (sous format ePub) ? [Amazon aurait avancé de ce côté sur le Kindle, mais suivant le principe du livre homothétique : la page indiquée est celle de la version papier.] Que dire des manuels destinés au monde scolaire ?

Sur ce point, enfin, émerge de nouveau la question de la saisie de notre bibliothèque numérique. Des pdf sur nos portables, des ePubs dans huit logiciels différents sur iPad ou autres tablettes, des livres en ligne ou des livres-applications. Comment s’y retrouver, avec la croissance phénoménale de la disponbilité des livres numériques ? Les usages des livres dépassent la simple représentation sur pseudo-tablettes de bois des icônes de livres (ah nostalgie). Il faut pouvoir s’y retrouver — et tout mettre en local, ou à l’inverse tout mettre dans les nuages, ne réussit pas à résoudre cette difficulté. Et cette difficulté jouera profondément sur l’adoption réelle d’usages de lecture numérique, au-delà du caractère séduisant des supports technologiques proposés.

La littérature numérique se définit de plus en plus comme la jonction de deux courants : l’expérimentation associée à la littérature hypermédiatique et la conversion numérique de la littérature conventionnelle. Si les premières œuvres de littérature en contexte numérique tablaient résolument sur la différence médiatique (hypertextualité, intégration de matériaux graphiques, audio et vidéo), leur progression actuelle tend pourtant à revenir à une approche plus texto-centrée (ce qui n’empêche pas, signalons-le, le développement de pratiques artistiques hypermédiatiques où l’hybridité entre arts visuels, vidéo et texte est fondamentale). La réception soit mauvaise soit rarissime de cette production a semble-t-il conduit certains créateurs à revenir dans le giron littéraire, replaçant la réflexion sur les possibilités du texte dans un horizon d’attente qui ne soit pas complètement à construire. À l’inverse, la transposition d’œuvres littéraires sur support numérique et la création littéraire en contexte numérique (blogs, wikis, publication directement numérique) ont lentement assimilé les possibilités technologiques.

Résultante : des œuvres comme Accident de personne de Guillaume Vissac. Celle-ci est constituée de courtes descriptions de personnes ou de situations, liées à une circonstance du réel (ces « accidents de personne », autant de tentatives de suicide dans les transports en commun en France). Pourtant, il y a une forte proximité avec des expérimentations antérieures (253 de Geoff Ryman), par les hyperliens entre les descriptions ; la technologie est sous-jacente, par la version 1 de l’œuvre envoyée par Twitter (ses 140 caractères) et ces liens omniprésents. La dimension littéraire est patente : force d’évocation du langage, caractère imagé de la prose en raison de sa concision, anaphore structurant les fragments… L’œuvre manifeste l’intégration transparente de procédés technologiques, refusant de faire de la présence de ceux-ci une démonstration explicite.

Il est difficile d’imaginer comment se stabilisera cette négociation entre le texte et sa technique ; probablement bougera-t-elle constamment, la littérature refusant certaines innovations pour ensuite les faire entrer par la porte de côté. Peut-être y a-t-il là la prémisse d’une compréhension plus fine, moins techniciste, de la culture en contexte numérique : la relation de refus puis d’acceptation, constamment réitérée, schématisant bien les transformations observables dans le champ littéraire (ou artistique) — sorte de poétique de la saccade.

Évidemment, cet état des lieux, bien parcellaire, l’est encore davantage par le regard que je décide de porter sur le monde de l’édition, du livre et de la littérature en contexte numérique. À l’heure de cette frénésie pour ce qu’on appelle (de façon contestée) la curation, ces regards singuliers importent encore plus qu’auparavant, en autant que ces singularités se conjuguent au pluriel de leurs manifestations. À vous la parole…

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Bibliothèque numérique : référencer… quoi ?

20 octobre 2010

Réflexion en cours sur la façon d’articuler une bibliothèque numérique (ici, ). Tentative de trouver une nouvelle façon de référencer les documents, d’éviter les protocoles extérieurs (DOI), de ne pas se perdre dans la multiplicité des formats (papier/ISBN, numérique/epub-html-xml-pdf-doc-pff!).

N’ai pas trouvé de réponse. (Pas encore ?)

Quelques explications supplémentaires. Mon intérêt pour Zotero est fragilisé par la difficulté de renseigner tous les champs, par son (actuel) confinement à Firefox, par une interface qui me semble toujours trop directement héritée des Endnote de ce monde (quelle horreur). Mon problème : comment gérer à la fois des pdf d’articles, des epubs d’œuvres, des scans maison d’articles et de chapitres de collectifs, des pdf d’entrées de blog, des documents transmis par des collègues, le tout sur plusieurs plateformes (tablettes, portables, nuages) ? Quel mode de référencement permettrait de ne pas alourdir la gestion (pas question de tout coter à la Dewey !) tout en tenant compte des nouveaux modes de lecture, des éparpillements sur plusieurs appareils ?

Cette problématique m’a conduit à tenter de sérier les paramètres de référencement en contexte numérique. Point de départ (point de référence) : le fichier informatique. Comment le référence-t-on, de la façon la plus simple ? On donne son titre de fichier, son type (pdf, doc, epub, odt, xls…) et son emplacement (où se trouve-t-il, sur quel volume, à quelle hiérarchie ?). Ainsi référencé, le fichier peut être parfaitement désigné dans le monde informatique : pas d’erreur entre deux entités portant le même nom mais pas la même extension (.doc vs .pdf, fichier simple vs dossier, etc.) ; identité basée sur le titre ; possibilité de confusion limitée à l’emplacement où il se trouve (le path indiquant clairement une autre variable d’identité : dans le dossier X, dans le sous-dossier Y). Petite synthèse partielle :

Cette préoccupation de localisation et d’identité est toutefois propre à une logique informatique. Si l’on tente de restreindre plus spécifiquement à un document numérique, perçu comme modalité de transmission d’un contenu, peut-on en arriver à une lecture différente de ces paramètres ? Inspiration, pour ce déplacement, de l’article d’Hubert Guillaud sur « L’industrialisation numérique », mais en particulier le commentaire de Karl Dubost qu’Hubert reprend dans son article :

Le format est un conteneur du texte. La capacité à modifier ces documents, à l’interactivité, etc. ne dépend pas du conteneur, mais du moteur de rendu (navigateur, logiciel client, etc.) Que le texte soit en XML, en html, en DB, en texte seul, importe peu.

Le fichier n’est pas intéressant en lui-même ; l’intérêt est porté sur l’expérience du fichier. De la sorte, pour l’utilisateur lambda, le référencement est possible par ce qu’il perçoit. Non pas un titre de fichier mais un titre affiché. Non pas un type de fichier (qui est donc un « conteneur ») mais le cadre dans lequel le document est intégré / objet d’un processus d’affichage (le « moteur de rendu »). L’emplacement exact du fichier importe peu, c’est la logique développée par toutes les applications de bibliothèque qui a préséance (sur OS X, pour ne prendre que cet exemple : on se moque où sont rangées nos photos classées dans iPhoto, on perd de vue où sont stockées les pièces musicales gérées par iTunes). Ce qui prend de l’importance, me semble-t-il, c’est la temporalité de l’expérience : ce cadre de lecture associé à un moment donné. Sans trop savoir comment l’app Kindle gère les lectures des œuvres qu’elle supporte, on peut prétendre que c’est la combinaison d’un paramètre spatial interne (à quelle page) et d’un paramètre temporel (à quel moment), pour synchroniser les lectures et s’assurer que le lecteur retrouve l’espace-temps de sa dernière lecture.

Depuis l’expérience de lecture du document numérique, les paramètres déterminants semblent bien différents des logiques hiérarchiques et binaires du filesystem-type en informatique.

Il n’en reste pas moins qu’aux yeux de tout un chacun (je peux servir d’échantillon) il y a une distance entre ce qui est affiché (donc tous les artifices de l’affichage : mise en page, typo, graphisme, fonctions annexes) et le contenu pour ce qu’il est, le texte lui-même. En ce sens, il existerait une troisième incarnation possible, plus minimale que le document numérique et le fichier informatique. Y a-t-il possibilité de s’y référer également ? L’identité reposerait ainsi sur le titre du texte, tel qu’il figure dans le texte même. Le type renverrait à la syntaxe du texte : à la fois la syntaxe déterminée par un code linguistique et la mise en ordre du texte (disposition recueillistique, assemblage des chapitres ou des fragments) ; à la fois la nature de cette organisation et sa qualité (style, richesse, réussite). Le référencement hiérarchique ou temporel, dans cette troisième incarnation, ne peut être autre que le code lui-même, l’écriture du texte : lorsqu’on se reporte au texte lui-même et que son encodage importe peu, c’est la lettre qui nous importe — d’où ces requêtes pour une séquence exacte de lettres et de mots, inscrites entre guillemets dans notre moteur de recherche favori. L’identité du texte réside dans cette combinaison unique de caractères, de ponctuation et d’espaces, comme Borges l’avait bien pressenti dans sa « Bibliothèque de Babel ».

Ainsi placées, ces incarnations se démarquent par leur relation plus ou moins étroite avec le support, avec le code, avec l’interface. Le fichier informatique semble se cantonner à la stabilité d’une relation contenu-contenant : on pourrait décrire celle-ci comme une incarnation donnée. Par opposition, le document numérique serait toujours inscrit dans une expérience, d’où cette temporalité et la possibilité de couches de sens superposées mais singulières (les annotations, principalement) ; la relation serait celle d’une occurrence. En revanche, revenir à la lettre du texte, c’est révéler sa nature d’artefact (une relation immanente ?), où la dimension construite, produite du texte se donne comme principale caractéristique (comme dénominateur commun en regard d’autres textes).

Les fondamentalistes informatiques diront que le filesystem a toujours préséance (même s’il est dissimulé) ; les littéraires diront que le texte importe plus que ses incarnations ; les fervents de culture numérique prôneront une mise en valeur de l’expérience numérique. Positions irréconciliables ? Sûrement pas, parce qu’elles parlent des facettes d’une expérience complexe et en décrivent les visages multiples mais complémentaires.

Reste à imaginer comment construire sa bibliothèque — en restreignant à un mode d’incarnation ? en documentant les trois visages à la fois ? Les usages varient sûrement d’une discipline à l’autre, d’un usage à l’autre… Mais les trois modes d’accès doivent pouvoir cohabiter.

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Pour une véritable bibliothèque numérique personnelle

15 juin 2010

porte« À travers la porte vitrée de la salle d’attente… »

Les nuages fragmentés en différents lieux

J’aime bien les nuages. Ils sont souvent jolis, parfois pratiques. Mais je reste fondamentalement attaché à l’inscription de mes documents sur un disque dur local, que ce soit par sécurité, par souhait de les manipuler quand/où/comment je veux. Parfait pour la synchronisation, pour les copies de sauvegarde, pour des accès distants occasionnels.

Mais voilà, pour moi, les plateformes mobiles ne sont pas des accès distants occasionnels. Ils font partie de mon quotidien, et la frontière entre les appareils est un irritant. On compose bien maintenant avec le courriel, l’agenda, les contacts. Qu’en sera-t-il pour nos livres numériques ?

D’abord, il y a multiplication des applications : Kobo, Kindle, Ibooks, Stanza, eReader, La Hutte, Wattpad, pour ne nommer que celles que j’ai essayées. Chacune d’entre elles stocke à l’interne les fichiers qu’elle permet de télécharger, et chacune ne peut afficher que ses propres fichiers… C’est sans compter les documents transférés manuellement, stockés dans des applis de transfert comme l’excellent GoodReader (mais interlogiciellement trop limité, malheureusement). Ensuite : comment savoir où se trouve ma copie numérique de Madame Bovary ? Par déduction, je peux éliminer quelques applis (toutes ne donnent pas accès à des œuvres en français), ce qui limite le nombre d’applications à ouvrir pour vérifier — sympathique démarche, s’il en est une. Et totalement ridicule.

Jusqu’à maintenant, la gestion de mes documents numériques était relativement simple. En local, utilisation de Zotero pour référencer une bibliothèque sur mon poste de travail : articles scientifiques obtenus par des banques de données, oeuvres de publie.net que je veux pouvoir consulter hors ligne, documents téléchargés, textes de mes communications, tables des matières numérisés d’ouvrages papier… En ligne, c’est Diigo qui me sert à retenir des pages, des articles en ligne et plusieurs highlights. Mais la frontière tend à s’estomper (je télécharge le Remix de Lessig et le référence dans Zotero ou je le pointe en ligne avec Diigo ?). Et c’est sans compter l’intrusion du iPad, qui fragilise le statut jusque là stable de la bibliothèque locale… Quelle solution pour gérer cette écologie documentaire complexe ?

Une bibliothèque personnelle rassembleuse

Une porte d’entrée unique : voilà ce qui (me) manque. Une porte vitrée, qui me donne simplement à voir. Naïvement, ça me semble possible :

- une application qui pompe les métadonnées des fichiers que je lui pointe (ou des fichiers contenus dans des dossiers) : nul besoin d’un système de tracking des fichiers, simplement une mise à jour à intervalles réguliers qui donne l’état des lieux de mes fichiers ;

- une application qui soit limitée à un support, ce serait déjà bien, mais qui puisse me tenir informé de mes fichiers sur mon poste, sur mes appareils mobiles, sur mes stockages distants ;

- l’application moissonnerait les métadonnées souvent incluses dans les fichiers achetés et permettrait d’en ajouter une couche — pour la description des fichiers non renseignés, pour l’augmentation de la description de façon personnelle (tags, formes de classement).

Forme éclatée ? Pourtant, c’est déjà l’allure actuelle des catalogues de bibliothèques, qui pointent autant des références physiquement rassemblées en un lieu que des ressources en ligne, hors les murs de la bibliothèque… Et ce serait diablement au service des usages, plutôt qu’un gadget jetant de la poudre aux yeux. Un maillon qui ferait de nos quincailleries informatiques des outils pleinement organisables en fonction de nos besoins, et non des béquilles qui nous aident certes à marcher, mais qui nous font claudiquer.

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La fabrique du numérique : un bilan

27 février 2010

cercle

Un bilan, parce qu’il pourrait y en avoir d’autres — de moi, sous d’autres angles, mais surtout des bilans d’autres personnes. Ils commencent d’ailleurs à poindre, on les relaiera sur le site de la Fabrique.

Grosse journée, sans nul doute. Le sprint des jours précédents a été intense (en préparatifs, en fin de planification, en jeux de chaise musicale pour les participants). Près de 120 personnes ont manifesté leur intérêt pour l’événement, plusieurs ont dû se désister, mais malgré le temps pitoyable, avec toute l’équipe, nous étions 70. Belle masse critique pour assurer la diversité des propos, la rotation des participants aux ateliers, les rencontres imprévisibles et le recoupement des compétences.

Je n’ai pas envie d’un compte rendu ni d’une lecture structurée. Pour les propositions, le site les a partiellement relayées et d’autres traces suivront. Pour l’atmosphère, la vidéo de François et le montage photo de Clément témoignent bien du bouillonnement en place. Plutôt des observations, des constats…

L’événement était un pari, peut-être plus spécifiquement le mien, que j’avais un peu imposé à Éric et Clément. Pari basé sur une intuition, celle que la transformation des habitudes de « consommation » des produits numériques tend à rapprocher les besoins et contraintes des éditeurs généralistes/littéraires et ceux des éditeurs scientifiques. L’événement ne visait pas à en faire la démonstration, mais de faire l’épreuve des terrains à mettre en commun. Je n’ai pas été présent dans tous les ateliers, mais je suis porté à croire que la rencontre s’est passée généralement à un niveau où cette différence ne faisait pas obstacle. Pari gagné de ce point de vue.

Toutefois, ce sont les a priori, les environnements et les discours qui ont été l’occasion de provoquer les rencontres. Quelques étincelles, quelques déceptions, sûrement. Des variations immenses de distance par rapport aux objets concernés. Ici une perspective large, détachée de la valeur immédiate de chaque texte, de chaque œuvre, parce que la gestion d’ensemble exige de ne pas céder à la tentation de porter chaque cas comme une raison en soi suffisante de faire le métier. Là une perspective appliquée, rapprochée des cas (qui sont le quotidien et le pain des personnes impliquées), une perspective consciente des enjeux immenses à propos de l’existence sous telle forme de la pratique qui les habite depuis longtemps. Des formulations voulues larges (pour ne pas camper dans un clan ou dans l’autre) qui n’ont pas rejoint aussi efficacement les interlocuteurs. Peut-être des cas/exemples auraient-ils mieux porté, auraient-ils interpellé plus directement les gens.

La différence des milieux s’exprimait par l’opposition nette entre gestion et économie (même si les termes ne satisferont personne). Deux approches distinctes et difficiles à concilier, si l’on souhaite se laisser bercer par l’illusion, oui, qu’elles sont superposables. C’est comme croire que le bottin téléphonique recoupe parfaitement le geste d’appeler quelqu’un : bien sûr que non, puisqu’il y a question d’échelle, question d’implication, question de motivation. L’un n’est pas plus mal, n’est pas plus légitime que l’autre. Mais les deux sont nécessaires, dans des rapports au livre qui ne surviennent pas à la même étape, dans les mêmes lieux, selon les mêmes visées.

L’élément le plus bousculant, jusqu’à un certain point, était sûrement le retour de l’Université (majuscule à dessein) dans le monde réel… Autre pari de ma part. Ras-le-bol des images des tours d’ivoire, des pelleteux de nuage, des sabbatiqueux à siroter un rosé en Provence. Les points de contact sont patents, les intérêts sont partagés, les étudiants qui y sont formés sont les futurs auteurs et chercheurs qui publieront des ouvrages, ils sont les futurs employés des éditeurs et sûrement la relève éditoriale. Et l’Université n’est pas Une : les profils sont multiples (profs, gestionnaires, bibliothécaires, coordonnateurs scientifiques, étudiants…), les missions sont variées (je ne fais pas la liste pour chacun des profils de la parenthèse précédente, on imagine bien). C’est comme dire que toute personne qui écrit un mot est un écrivain. Ras-le-bol aussi de l’anti-intellectualisme, ras-le-bol de la césure (souvent incarnée géographiquement par les campus) entre l’université et la cité. On a fait quelques pas hier ; je compte bien continuer à marcher.

Dernière fracture : la définition de l’objet. Si on s’entend sur la réalité d’un texte/document/oeuvre numérique, la réalisation de cet objet couvre un empan immense. Numérisation rétrospective, version numérique d’un document qui a une existence papier, écriture numérique (écriture sur support technologique à visée de diffusion numérique), écriture hypermédiatique : le spectre est large, appelle des considérations spécifiques, couvre des zones critiques pour des raisons très différentes. S’il y a eu échec de la Fabrique, c’est de ne pas avoir géré cette pluralité, souvent responsable de mésententes ou d’incompréhension réciproque.

De l’ordre des étonnements, la désaffection totale pour la question des métadonnées. Silence radio, aucun intérêt : si on ne voit pas les œuvres que vous produisez sur une tablette de librairie ou de bibliothèque, puisqu’elles sont numériques, comment savez-vous qu’elles existent ? Comment la retrouverez-vous dans la mer numérique ? Il y a un travail de terrain à faire, pour sûr.

De l’ordre de la déception : le manque d’audace, le manque d’idéalisme, le manque de vision. C’était le lieu de se projeter en avant, de faire des scénarios fous, à faible coût. Les gens avaient certes besoin de se rassurer, de trouver des réponses à des problèmes concrets, de sentir qu’il y avait des partenaires potentiels ou des gens partageant leur quête de repères. Normal, justifié, bien sûr. Mais. Quand tout est à inventer, il faut savoir proposer, imposer notre vision. Sinon on le fera à notre place. Ce défi est encore à relever (il le sera toujours d’ailleurs), mais me paraît particulièrement important.

Enfin, plaisir de revoir les images : les premières photos en ligne, les vidéos de F et C, la pile de nappes pliées, là sur le coin de la table, qui attendent qu’on les déplie, qu’on les déploie, qu’on y trouve des traces des idées lancées naïvement / distributivement / collectivement / joyeusement… Sorte d’héritage pour le présent, pour le futur immédiat. Un patrimoine, déjà, à partager, à investir. Merci de votre générosité (et ce n’est pas un téléthon!).

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Fabrique du numérique : les thématiques martyres

16 février 2010

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La fabrique du numérique sera l’occasion de rassembler des gens d’horizons très divers, mais tous mus par le désir de participer à la construction du champ du livre numérique. Afin de rendre possibles ces rencontres et ces échanges, nous souhaitons orienter la journée vers le partage d’expériences de terrain et l’action, vers une réflexion sur le développement de l’édition numérique générale et scientifique. La mise en commun d’idées et de scénarios de collaboration sera ainsi au centre de la journée.

Des ateliers constitueront l’activité principale de la journée. Nous avons tenté de faire la synthèse de vos interrogations, en établissant des ponts entre édition générale et édition scientifique. Afin de valider les orientations de ces ateliers, nous plaçons les énoncés thématiques sur une page web ; nous vous invitons à commenter ces énoncés, qui sont des textes-martyres, à en proposer des recadrages ou précisions, à identifier des points aveugles dans ce panorama thématique. Votre participation est nécessaire pour faire en sorte que cette journée corresponde le mieux à vos besoins et à vos attentes !

=> http://contemporain.info/fabrique2010

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Le droit d'auteur en contexte numérique : quelques cas

14 février 2010

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Il y a longtemps que je me promettais cette réflexion ; voilà l’occasion de m’y coller. Le principe du droit d’auteur : on « respecte » la propriété intellectuelle en rétribuant l’auteur pour sa contribution. Si on cite, on honore la source (respect du droit moral) ; si on reproduit, on contribue à la vie financière de l’œuvre (respect d’un droit économique/patrimonial, à savoir le droit de reproduction)…

Tout à fait simple et on peut tenter de l’appliquer tel quel. Mais la pratique montre bien les limites (ou les zones floues) de ce principe. Je m’amuse ici à quelques scénarios hypothétiques : où se trouve la tolérance ? où tracer la délimitation entre infraction formelle et faute vénielle ? où faut-il prendre en compte les bénéfices secondaires (en visibilité, en publicité) au détriment de la lettre de la loi ?

Si le contexte universitaire, ici au Québec, est assez balisé en gestion de droits (via les politiques appliquées par Copibec), la zone prise en charge est celle du papier, dans une logique du papier. Qu’arrive-t-il quand on se retrouve dans une économie du savoir qui est numérique ?

Quelques cas d’application du droit d’auteur (et du droit de reproduction)

Cas 1. Un recueil numérique rassemblant des textes parus sur papier, pour fins d’enseignement. On peut bien rapailler les ISBN et ISSN des articles et extraits d’ouvrages pour déclarer les emprunts. Mais comment composer avec l’obligation de quantifier le nombre de copies réalisées ? Quand le service de reprographie de l’institution s’occupe de la production, on a une trace jugée fiable. Quid des pdf que l’on disséminerait à des étudiants ? On leur associe des DRM avec numéro de série ? Des fichiers chrono-dégradables ? Ou, complètement sous un autre regard : des portails in the cloud qui donneraient accès aux documents par des feuilleteuses ? Encore une fois, l’accès doit faire l’objet d’une transaction (sans compter le fait que l’accès internet doit être permanent en classe, que l’accès lui-même soit possible à distance). Mais quand on parle d’accès plutôt que de reproduction, avons-nous changé de paradigme ?

Cas 2. Un cours en ligne, accessible uniquement aux inscrits, qui reprend un article de journal entier. Même logique de déclaration du nombre d’inscrits, avec paiement à la pièce pour les inscrits (de quelle façon, opérationnellement, dites-moi) ? L’automatisme de l’obligation de paiement est retors : la plupart des journaux sont disponibles en version numérique pour les membres de la communauté universitaire via une banque de données à laquelle la bibliothèque est déjà abonnée  — banque à laquelle tout membre de cette communauté peut accéder en autant qu’il soit branché au réseau informatique du campus. Donc la reproduction serait en soi illicite ? Faudrait-il privilégier un URL qui redirige sur l’article « original » (permettez-moi de m’étouffer), pour que la validation du branchement au réseau informatique autorise l’accès ? Mais comme de toute façon l’accès au cours en ligne est fonction de l’inscription aux crédits universitaires, on a un membre en bonne et due forme de la communauté universitaire — qu’il soit branché au réseau informatique ou pas. La reproduction paraît ici une vue de l’esprit : c’est l’accès qui est le rouage central… par un URL ou par une reprise des données numériques qui forment le texte, peu importe dans ce contexte précis : le résultat est le même (un usager validé peut lire un document numérique).

Cas 3. Dans un contexte quel qu’il soit (pas nécessairement académique) : reprise intégrale d’un texte (de numérique à numérique), que ce soit une page web, une entrée de blog, des ouvrages diffusés librement au format pdf. La référence au lieu d’origine (tousse tousse) est dûment signalée (et l’URL pointe vers la page). Pas de licence Creative Commons visible, pas d’interdiction formelle ou de copyright réservé non plus. Simple reprise, sans visée commerciale, sans transformation du texte. Répréhensible ?

Cas 4. Contexte général : un article de journal, version numérique, en accès restreint. Il a été publié. Dans ce mode d’accès, il est évidemment protégé. Mais qu’en penser, de cette protection, si on peut librement consulter les archives du journal en bibliothèque ? Que penser de cet accès protégé si quelqu’un épingle l’article sur un babillard en milieu de travail (que ce soit le journal découpé ou une sortie d’imprimante) ? si on lit l’article dans un journal abandonné dans le bus ou le métro ? si c’est une copie qu’une personne fait circuler à ses proches par courriel ? Souhaite-t-on vraiment, par cette protection, rendre le document le moins accessible possible, contrôler de façon rigide l’accès au document par cette barrière invisible ? Ce que l’on souhaite contrôler, c’est la lecture, la consommation (au sens économique de la lecture)… Et si là réside, dans la logique du papier, la différence entre les journaux et les livres (achat ou consultation pour les premiers, achat ou prêt pour les seconds), cette distinction semble s’effacer en contexte numérique — comment opérationnaliser le prêt en contexte numérique ? En prêtant le document avec son support (un reader, une tablette) ? Ou n’est-ce qu’une question d’accès ?

Cas 5. Plusieurs ressources en ligne tentent de protéger, de bloquer la diffusion de documents en utilisant des feuilleteuses ou des versions non imprimables de documents. Qu’en est-il des manoeuvres pour capturer, à des fins personnelles, ces ressources protégées (pour faciliter un accès au moment choisi, connexion internet ou pas) ? La copie d’écrans ou encore mieux la capture vidéo du contenu de l’écran, appliquée à des ressources comme les livres de GoogleBooks sous droits (héhé, G. et les droits d’auteur, autre débat…), sont-elles des pratiques illégales ? Probablement, mais que faire de l’exception de la copie privée ? Qui peut prétendre, de façon absolue, que toute copie privée est un viol à venir des conditions du droit de reproduction ?

En convoquant le langage de la protection et de la restriction pour gérer le droit d’auteur et le droit de reproduction, pose-t-on les questions de façon appropriée, lorsqu’on se place en contexte numérique ?

Lecture, accès, prêt, propriété, publication, reproduction…

En s’interrogeant sur la traduction du droit de reproduction des documents numériques, on voit très rapidement se profiler la tension entre une logique de propriété stricte (héritée du monde papier) et une logique d’accès : on ne possède pas les contenus que l’on peut consulter grâce à un abonnement, à un droit d’accès. Cette logique d’accès, les journaux l’ont vite comprise et mise à profit : en plaçant les archives numériques dans une voûte, à laquelle on accède après avoir montré patte blanche (celle qui est dénudée des sous qui s’y trouvaient), les journaux ont trouvé une manne (de remplacement, oui peut-être) dans cet accès à leurs vieux articles. C’est l’individualisation de la monétisation des archives : auparavant, les bibliothèques achetaient les microfilms d’archives, alors qu’aujourd’hui le bon citoyen doit souvent payer cet accès pour lui-même (oui, bon, peu nombreux étaient les possesseurs d’un lecteur de microfilms à la maison, ce qui peut expliquer les choses…).

Là où le bât blesse, c’est dans l’issue potentielle de cet accès. Il y a retour à l’enjeu de propriété (donc potentiellement illégitime) avec la transformation de cet accès en une manoeuvre de (re-)publication du document consulté. C’est dire à quel point, comme pour les pratiques des métiers régis par des ordres professionnels, l’acte de publier est un acte réservé… parce qu’il a des incidences économiques. On peut vendre une publication, on peut faire de l’argent au détriment de l’auteur (et l’invention du droit d’auteur, au XVIIIe siècle, ne visait pas autre chose : libérer les textes des rouages commerciaux des libraires-éditeurs, des imprimeurs, qui ne versaient pas de droits aux écrivains…).

Logique commerciale, donc, qui émerge dans le sillage de cette publication potentielle d’une personne accédant au document numérique. Mais encore là, héritage du papier : cette logique stricte de propriété est-elle parfaitement adaptée au monde numérique ? Il ne paraît pas anodin de se questionner sur la définition que l’on donne de la lecture — puisque toute lecture ouvre la porte à toute capture du texte, du document, de l’œuvre, vaut-il la peine de faire la distinction entre accès, prêt, copie, et ainsi donc de propriété, de reproduction, de publication ? À ce compte, aussi bien tirer la plug d’Internet — quelle engeance. Argument démagogique bien sûr… Mais où situer l’ancrage d’une réflexion renouvelée sur les droits en contexte numérique ?

Faut-il se référer à la position concurrente de cette logique de propriété, à savoir une logique de la dissémination ? La possibilité qu’un texte acquiert un statut viral entraîne une publicité potentielle et un effet de retour qui risquent souvent d’être plus grands que la situation économique liée au respect strict et immédiat du droit d’auteur (et donc de reproduction). C’est notamment l’esprit derrière des propositions comme Creative Commons (et son dérivé Scientific Commons), de même que Copyleft — toutes approches inscrites dans une culture du remix davantage que dans un culte de l’auteur.

Oeuvre ou contexte ?

Culture du remix, une culture abandonnant le lustre de l’œuvre. Lessig parle de l’opposition entre une Read/Only culture et une Read/Write culture. Abandon du prestige, de l’absolutisme, mais au profit de quoi ? L’objectif de Lessig est davantage de dénoncer les copyright wars, les aberrations de la réglementation. Ce qui m’intéresse davantage ici, c’est la transformation même de notre rapport avec l’œuvre. La cohabitation des versions concurrentes d’une œuvre sous différentes formes l’illustre bien : Philippe de Jonckheere reprend une portion de son journal pour le stabiliser chez publie.net ; Lawrence Lessig (et combien d’autres) publie simultanément un livre (papier, $$$) et sa version numérique (pdf en ligne, gratuit) ; certains articles de journaux disponibles sur le site du journal en même temps que son édition papier, en même temps que dans les banques de données, en même temps que dans les revues de presse gouvernementales ou celles d’agences de veille médiatique, sans oublier les lieux antérieurs de publication (pour les articles repiqués d’autres quotidiens à travers le monde) ou la version antérieure produite par l’agence de presse, à peine maquillée pour être publiée dans le journal… Lieu original de publication, hum ?

Qu’est-ce qui change, d’une version à l’autre ? Le contexte, sûrement : tel lieu d’apparition du texte est un gage de qualité des contenus diffusés ; tel autre lieu offre une fonction de filtre qui correspond mieux aux besoins du lecteur, de même que la version numérique libre d’accès assure un accès facile et partagé pour référence future. On insiste beaucoup ces temps-ci sur la fluidité des contenus, mais on n’a pas encore suffisamment réfléchi aux incidences de cette fluidité : la présence disséminée d’une œuvre, d’un texte est possible, même elle est chose courante. Il n’est pas contradictoire qu’un accès soit ici payant en échange d’une rapidité de mise en ligne, d’une certification de qualité ou d’une mise en contexte riche qui augmente la valeur du contenu que l’on consulte, et que cet accès soit là gratuit, en faveur d’une diffusion large, d’une mise à connaissance de ce contenu, d’un engagement de ce contenu dans une conversation qui lui donnera une visibilité et un impact considérablement plus grands que le seul accès payant. Virtualisée, l’œuvre connaît différentes incarnations — si c’était là un cliché du culte de l’avatar des années 80-90, il trouve assez bien à se réaliser… — et ne peut guère être saisie par une conception étroite de son existence. Si McLuhan disait que the medium is the message, il faudrait ajouter que le contexte co-construit ce message, plus que jamais.

Le contexte numérique (le numérique en soi et l’enjeu de contextualité tout juste établi) pose à l’évidence une diversité de questions à la conception du droit d’auteur et du droit de reproduction. Nous n’avons pas (encore) de réponses claires. Je ne suis certainement pas le premier à faire ce constat ; il m’apparaît toutefois primordial de le rappeler en cette période de transformation des usages, des pratiques. C’est donc le jugement, l’ouverture à la discussion qui s’impose en telle circonstance plutôt qu’une application stricte de lois placées dans l’impossibilité de prendre en compte des cas de figure sortant de leur cadre d’exercice. Cette attitude est nécessaire pour favoriser l’avancement de la réflexion sur le droit d’auteur et pour accroître la démocratisation du savoir.

(Note 1 : je ne suis pas un juriste. Mais je suis prêt à défendre que dans certains cas, un gros 1 + un gros 1 peuvent faire 3…)

(Note 2 : merci à Clément et à Hubert, pour échanges fructueux)

(photo : « Fuji Plagiarism », uzaigaijin, licence CC)

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Tentative de veille numérique

1 février 2010

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Ca faisait longtemps que je me disais qu’il y avait sûrement moyen de faire une veille simple de la documentation scientifique sur la littérature contemporaine. L’idée d’avoir à tout repiquer me semble de plus en plus anachronique. Comment automatiser le plus possible ?

Tentative ici de bricolage : je mets un signet dans Diigo avec un tag spécifique ; je repique le RSS du tag pour l’inscrire dans un wiki qui permet de visualiser les feeds rss… tout simplement ? oui… reste à être fidèle à l’habitude de capturer les infos repérées au passage.

Vous pouvez suivre la page (vraiment moche graphiquement, oui…) pour voir les nouveautés, ou encore vous abonner au RSS des sections qui vous intéressent (ou consulter la page sur Diigo pour chacune de ces sections). Commentaires bienvenus (voire propositions de personnes intéressées à contribuer à cette veille).

(photo : « loupe et lettres », alainbachellier, licence CC)

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La fabrique du numérique : inscriptions ouvertes !

25 janvier 2010

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C’est ici que ça se passe :  http://contemporain.info/fabrique !

Et suivez-nous sur Twitter à @fabrique2010 pour les mises à jour, infos complémentaires, etc.

René, Éric et Clément

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Que font les médias à la littérature ?

21 janvier 2010

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Appel de comm pour un colloque étudiant portant sur les interactions entre médias et littérature, du 19e siècle à aujourd’hui (si ce n’est pas demain). Belle occasion pour les chercheurs-étudiants d’investir le champ de la culture numérique…

http://www.crilcq.org/activites/contribution/litterature_et_medias.asp

(photo : « media map », myiube, licence CC)

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Écrire avec le numérique : inverser la posture muséale ?

1 décembre 2009

Si l’on conçoit l’exposition muséale comme une double opération — rassembler des artefacts du réel puis en construire un récit qui permette de les contextualiser, de les interpréter et de les replacer dans un parcours —, l’écriture numérique ne pourrait-elle pas être considérée comme la posture inversée ? Mettre en place un récit, une description d’une expérience du réel où les artefacts (vidéo, photos, références encyclopédiques ou liens vers journaux/télé/web) viennent s’y trouver médiatisés, mis à distance, fictionnalisés ?

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