Archive for janvier, 2009

La culture à Québec… et notre engagement alors ?

25 janvier 2009

* Lettre ouverte à mes collègues universitaires : CRILCQ (site U.Laval) et filière e-culture, ITIS *

Chers amis, chers collègues,

L’événement a été annoncé, il se tiendra dans quelques semaines à peine, là-bas, en dehors de nos murs. Québec Horizon Culture. On y parlera de culture, de culture… et d’économie. Le plan d’action, vous y avez jeté un œil ? Il me paraît sinon peu inspirant, à tout le moins bien vertueux.

De quoi parle-t-on ?

Heureux site qui voit enfin le jour… mais on y parle davantage d’économie que de culture. Parmi les quatre textes de la section Documentation du site, trois sont liés aux impacts économiques de la culture et aux modalités d’aide financière dans le cadre d’un partenariat CALQ-Conférence régionale des élus de la Capitale-nationale. Et dans le plan d’action, la question du soutien (entendre : financier) et de la création d’emploi accapare directement ou indirectement la plus large part du discours.

Loin de moi l’idéalisme d’une culture qui puisse exister sans infrastructures, sans soutien gouvernemental. Le financement est chose nécessaire, mais selon quelles orientations ? favoriser un développement général, au petit bonheur ?

Je ne vois pas de vision dans ce débat, dans son balisage actuel (la liste des partenaires est quelque peu étonnante, encore une fois par la dominante commerce et gouvernance). Quelle orientation pour un développement culturel à Québec ? Pour le dire autrement : qu’y aura-t-il de singulier dans cet élan insufflé à la culture dans la ville de Québec, qui la distinguera des initiatives culturelles de toute autre grande ville de la province, du pays ?

L’image du tabouret à trois pattes est révélatrice : créer un bouillonnement en rapprochant des acteurs complémentaires (financièrement parlant). Est-ce là la seule visée de l’événement ?

Qui parlera ?

Dans ce débat à venir, je me demande qui sera là, qui parlera… où sont les acteurs du milieu culturel dans la liste des partenaires (mis à part le Conseil de la culture, organisme à visée de représentation des artistes et organismes culturels) ?

De façon corollaire (d’où cette lettre ouverte), quelle place souhaitons-nous prendre comme universitaires dans cette économie de la culture (c’est de ça, apparemment, dont il est question) ? Nous revient-il simplement de préparer de nouvelles générations à s’investir dans cette culture développée à grands renforts de partenariats avec le privé ? Ou la recherche sur la culture doit-elle s’inscrire intimement dans cette réflexion et dans ce développement ?

La question est faussée et annonce ma position : je ne crois pas qu’on doive perpétuer l’image des chercheurs dans leur tour d’ivoire. Mais comment arrimer la réflexion universitaire sur la culture à un milieu en pleine effervescence ? Comment jouer, comme universitaires et intellectuels, un rôle dans la cité lorsqu’il est question de développement culturel ? On nous donne, par cet événement, un possible droit de parole ; est-ce que nous nous en prévaudrons ?

Il faut en parler, de toute évidence. Je me joins à cet appel à participation lancé par Clément. S’engager dans la réflexion, dans la discussion, au moins pour faire le bilan de notre engagement dans la culture de notre milieu. À vous la parole.

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UofMichigan will transfer OAIster to OCLC

22 janvier 2009

« The University of Michigan approached OCLC about managing future operations for the OAIster project to ensure its long-term viability, » said John Wilkin, Associate University Librarian, University of Michigan Library. « OCLC plays a pivotal role in the business of metadata creation and distribution. Situating OAIster with OCLC helps to create an increasingly comprehensive discovery resource for users. » …

OCLC recognizes that open archive collections are critical for scholarly research, communications and scholarship. To that end, OCLC commits to building on the success of OAIster by identifying open archive collections of interest to libraries and researchers, and ensuring that open archive collections will be freely discoverable and accessible to information seekers worldwide.

Starting in late January 2009, while OAIster continues to be freely available at the www.oaister.org Web site, OCLC will host a version of OAIster on OCLC’s FirstSearch platform and make it available through subscriptions to the FirstSearch Base Package at no additional charge.

(via Open Access News)

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A Digital Humanities Manifesto

18 janvier 2009

La liste Humanist nous fait suivre l’information d’un manifeste en cours d’élaboration, portant sur les digital humanities… Le document est bien imparfait dans son état actuel (trop tranchant, trop illuminé), mais l’idée a du bon… notamment pour définir l’idéal de cette approche (et non pour la définir strictement) :

Digital humanities represents the woven together practice of research: a triangulation of arts practice, commentary/critique, and outreach, merging scholarly inquiry, pedagogy, publication and practice.

De façon conséquente, les gens de UCLA utilisent CommentPress (le module WordPress de l’Institute for the Future of the Book), ce qui permet l’annotation paragraphe par paragraphe.

S’il y a bien une richesse aux digital humanities, c’est dans l’importance accordée à l’ouverture — non à une tabula rasa des spécialités, on le rappelle bien, mais à leur collaboration nécessaire. Avec un rêve à la clé :

Can we imagine more flexible, nimble, contingent disciplinary formations, in which faculty and students work on « knowledge problematics » not in rigid disciplines and departments, in which knowledge is produced and disseminated in ways that are multivalent, truly interdisciplinary, and conspicuously cognizant of their contingency?

Yes we can… :-)

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Do Tags Work? (ou quand l'information nous sort par les oreilles) [MàJ]

17 janvier 2009

2389348226_90048e1dfe_mCathy Marshall, dans le dernier numéro de Tekka (revue d’Eastgate nouvellement accessible gratuitement), témoigne de son investigation à propos de l’utilité réelle des tags. Son texte est empreint de désillusion, malgré une volonté initiale de comprendre le fonctionnement des folksonomies. Les conclusions n’en sont pas moins tranchantes :

What I mean to say is: tags can be a rich source of noise.

Tags are indeed miscellaneous, and that miscellany may make them less than useful.

Le premier réflexe est de vouloir savoir si elle a raison, comment elle se trompe — bouleversée dans ses convictions, ou ne serait-ce que dans sa confiance en l’air du temps, notre lecture conduit naturellement à en faire un enjeu de vérité. C’est pourtant, d’abord et avant tout, un enjeu épistémologique : quel rôle jouent aujourd’hui les contenus populaires ? (ça nous ramène à des questions de valeur autant qu’à des questions d’usage…) quelle leçon tirer de ce mouvement de partage, de cette mise en commun d’une quasi infinité de documents, de références, d’informations qui ne peuvent être traités ? à quoi nous conduit un monde où l’information dépasse, en visibilité, en volume et en valeur (par leur saillance dans la sphère publique), son traitement, son interprétation et sa capacité de signification ?

Si le Web 2.0 est actuellement à l’heure du bilan (financier, pour commencer [src @jafurtado]), c’est à ce fondement cognitif et axiologique de l’information dans notre société qu’il faut s’attarder… alors que le Web 3.0 s’annonce pour être encore plus dans les nuages, il n’est peut-être pas mauvais de s’interroger sur les usages de cette socialisation de l’information (ou, pour le dire plus justement, une socialisation de la donnée) et sur l’arrimage social de la technologie — il semble bien que la société existe encore en dehors d’Internet…

(via Mark Bernstein ; photo : « Tagging : Maldives Style», nattu, licence CC)

[Mise à jour] À mettre en lien, tout à fait dans la même lignée : « J’ai oublié de ne pas me souvenir » (via O.Ertzscheld)

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18 mars : A Day in the Life of the Digital Humanities

14 janvier 2009

Initiative de l’équipe de Geoffrey Rockwell : The Day in the Life of the Digital Humanities. Tout simplement : un instantané commun d’acteurs du milieu des digital humanities, donc par eux et sur eux.

A Day in the Life of the Digital Humanities (ADLDH) is a community project that will bring together digital humanists to document what they do on one day, March 18th. It is an autoethnography project by digital humanists about the digital humanities. The goal of the project is to create a web site that weaves together the journals of the participants into a picture that answers the question, “Just what do computing humanists really do?” Participants will document their day through photographs and commentary in a blog-like journal. The collection of these journals with links, tags, and comments will make up the final work online.

Geek-erie, très certainement… mais avec une vocation de vulgarisation, de diffusion, de réflexion commune.

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Beyond Analogue

13 janvier 2009

Belle initiative de l’University of Alberta : une journée destinée au partage des travaux, projets et compétences dans le domaine des humanities computing, mais une journée réservée aux étudiants : Beyond Analogue. Current Graduate Research in Humanities Computing.

Beyond Analogue: Current Graduate Research in Humanities Computing is a conference being organized by the Humanities Computing graduate students at the University of Alberta on February 13th. Daniel O’Donnell from U of Lethbridge and Paul Youngman of U of North Carolina-Charlotte will be the keynote speakers.

(via Geoffrey Rockwell)

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Contaminer le web (par des nouvelles littéraires, rien de moins)

12 janvier 2009

Le projet Tumbarumba est un plugin de Firefox qui intervient de façon malicieuse en insérant un segment textuel aberrant dans une page web que vous visionnez… de là, en cliquant, d’autres segments apparaissent et vous pouvez lire une nouvelle littéraire entière.

Our intention is for the reader to not only have the pleasure of finding and reading the stories, but also the momentary disorientation of stumbling upon a nonsensical sentence as well as a heightened awareness of textual absurdities (of which only a fraction will be the result of Tumbarumba).

Performance artistique, couplée avec une production littéraire. Chouette.

(via The Book Oven Blog)

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Réinventer la lecture, vraiment ?

11 janvier 2009

Michel Dumais, journaliste et chroniqueur sur les technologies, proposait récemment un article dans son carnet sur la réinvention de la lecture, à partir de la présentation du personnage qu’est Mark Bernstein. Son propos se construit tranquillement jusqu’à s’interroger sur la nature même des œuvres (et du type de lecture associé à ces œuvres).

Alors que le livre électronique et la lecture en ligne sont de retour sous le radar, il convient de rappeler l’existence d’un outil de création comme StorySpace. Qu’il soit papier ou pixel, le livre reste un livre, avec une structure linéaire. Je lis du début à la fin. De la page 1 à la conclusion. Pourquoi le processus de lecture lui-même n’évoluerait-il pas, afin de profiter des possibilités offertes par le réseau?

Comme quoi les problématiques hypermédiatiques peuvent sortir du champ littérairo-universitaire… Ce qui est en soi une bonne nouvelle.

Je me suis permis de lui laisser un commentaire développé sur ma perception des enjeux logiciels et lecturaux, que je reprends ici.

*    *    *

Difficile de croire à un destin bien rose pour des solutions propriétaires comme StorySpace… le logiciel a connu ses années de gloire — quelle révolution dans les années 80! —, mais maintenant on se retrouve avec des productions plus complexes dans la manière d’enchaîner les blocs de texte et plus raffinées dans les rendus graphiques, et surtout avec des équipes techniques « disponibles » pour offrir la plateforme appropriée pour une œuvre singulière. StorySpace, dans ce contexte, me paraît aujourd’hui dépassé. A tout le moins, il ne peut guère s’agir de l’outil pour finaliser une oeuvre de littérature hypertextuelle/hypermédiatique ; il pourra être très utile au moment de l’écriture initiale toutefois (ce qui, il faut l’avouer, fait généralement défaut dans les oeuvres, parce qu’elles sont d’abord un terrain de jeu technologique plutôt que littéraire…).

Je suis critique par ailleurs sur les prétentions générales de réinvention de la lecture dans le cadre des nouveaux médias. Ce qui est généralement brisé, c’est la sacro-sainte linéarité du livre lui-même. Le parcours, sauf de rares exceptions, continue d’être linéaire (entendre : séquentiel). Pour donner un exemple concret : on parle souvent de Rayuela (Marelle) de Julio Cortázar comme d’un proto-hypertexte… il s’ouvre sur deux « ordres » de lecture, qui sont deux séquences selon lesquelles lire les chapitres. Toute une révolution! auront dit certains… Mais quand on regarde de plus près l’alternative, on y voit les chapitres 1 à 54 dans l’ordre ou un ordre apparemment désordonné, incluant un grand nombre de chapitres « excédentaires », qui ne sont dans les faits que l’incarnation du principe de digression — car dans cette deuxième séquence, les 54 chapitres « de base » sont toujours dans cet ordre, mais interrompus par plusieurs chapitres intercalaires… En ce sens, réinventer la lecture, c’est tout autant obliger à rompre avec la linéarité du parcours même de la lecture (au profit de structures cycliques, par exemple) que d’accepter de rompre avec la tradition d’une rhétorique qui file le discours… C’est dire que le support n’est qu’un seul rouage dans une dynamique beaucoup plus complexe.

Enfin, à titre de territoire d’exploration, je signalerai le Laboratoire NT2 pour le versant critique et la revue bleuOrange, pour le versant création.

(Je n’ai pas ouvert le dossier de la commercialisation — Eastgate Systems demeure l’une des rarissimes instances à continuer de tenter de monnayer la littérature hypermédiatique… à croire que la chose est rendue aujourd’hui impensable.)

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[Mise à jour] Le lien avec ce nouvel ouvrage est trop évident… Terence Harpold, Ex-Foliations

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La littérature est-elle plastique ?

8 janvier 2009

Rencontre organisée les 31 janvier et 1er février au Petit Palais (Paris), sous le thème de la plasticité de la littérature :

Lectures, mises en voix, mises en scènes, marathons, projections… : la littérature s’expose. Elle déborde, elle sort du livre où les pages la recèlent. Mais ces voix, ces scènes, ces images… ne sont-elles pas déjà vivantes dans le texte, dans le phrasé des mots ? Et ces mots d’où la voix s’émancipe : comment la font-ils entendre ? Murmurante ou théâtrale, intime ou parlée, ironique ou enjouée, toujours la voix varie. La question serait celle-ci : ce que l’on croit ajouter à la littérature pour lui donner plus d’ « ampleur », n’est-ce pas d’abord l’écriture qui le suscite et le porte en elle ? Faut-il lui apporter de l’extérieur des couleurs nouvelles, plutôt que de saisir les énergies qui l’habitent – sa vie, sa violence, ses silences parfois ? La littérature est-elle infiniment « plastique » que l’on puisse, en la déployant dans l’espace, prendre le risque d’oublier la page où le texte s’est écrit ?

Retour à une interrogation sur les voix dans la littérature (dans la continuité des travaux de Rabaté et d’Huglo), mais sous le regard du matériau.

Étrange que cette notion de plasticité que propose DViart, dans un contexte où l’on oublierait le support lui-même — vecteur pourtant fortement bouillonnant de la littérature contemporaine à travers l’expérimentation des plateformes (numériques), des modes de diffusion (à la Volodine) et des formes littéraires (la littérature contemporaine sera intergénérique ou ne sera pas…).

Événement signalé par remue.net ; programme disponible au format PDF.

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