Les œuvres composites à l’avant-plan

Le New Yorker, par un article de David Denby (via Arts and Letters Daily), discute de la question des trames narratives interrompues et entrelacées au cinéma : «The New Disorder. Adventures in Film Narrative ».

Fascinant de voir qu’une problématique de projet de recherche trouve à se croiser de façon aussi explicite avec la critique…

Some of the directors may be just playing with us or, perhaps, acting out their boredom with that Hollywood script-conference menace the conventional ?story arc.? But others may be trying to jolt us into a new understanding of art, or even a new understanding of life. In the past, mainstream audiences notoriously resisted being jolted. Are moviegoers bringing some new sensibility to these riddling movies? What are we getting out of the overloading, the dislocations and disruptions?

Denby propose une revue cinématographique, de Dali (Un chien andalou) jusqu’à Pulp Fiction, montrant comment nous nous sommes habitués à cette technique de la désorganisation temporelle, passage de l’avant-garde artistique aux films grand public (même hollywoodiens). Il étudie le phénomène Babel, pour y voir finalement l’absence d’ouverture propre à l’art :

The Arriaga-Iñárritu films, for all their structural innovations, are closed, even overdetermined, forms?puzzle boxes. All the pieces are there to be put together in our heads, but the rich ambivalence of art somehow slips away as we reconstruct the way one thing connects to another.

Ce qu’il reste à éclaircir, de mon point de vue, c’est l’assimilation de procédés apparentés à une seule forme d’expérimentation : tous les films composites, tous les romans composites ne bousculent pas leur temporalité selon les mêmes modalités, ni avec les mêmes résultats. Syriana n’est pas Babel, et encore moins Pulp Fiction

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Le savoir des genres

savoir.jpg La recherche sur la théorie des genres se poursuit, avec un résultat fort stimulant ici (collectif suivant la tenue de deux journées d’étude)…

La licorne, no 79 (2007)
Dossier Le savoir des genres
Etudes réunies et présentées par Raphaël BARONI et Marielle MACÉ

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Fugues (à partir de Piano, de René Lapierre)

Je relaie l’annonce de la publication du projet hypermédiatique Fugues.

http://fugues.labo-nt2.uqam.ca/

À l?origine de Fugues, il y a une question : comment penser le lien entre le texte et l?hypertexte? entre la littérature et l?hypermédia?

Le projet Fugues, à la fois adaptation hypermédiatique de Piano (René Lapierre, Les Herbes rouges, 2001) et réflexion critique sur le texte, est une réalisation du Collectif NT2.

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Rockwell: Web Mining for Research

Geoffrey Rockwell propose « Web Mining for Research », un white paper / manifeste pour statuer sur l’intérêt du web comme objet de recherche. Révélateur que le geste soit nécessaire… encore aujourd’hui…

Il reprend des exemples tirés du Journal of Computer-Mediated Communication pour montrer où se situe l’intérêt:

Studying Popular Culture is possible using the Web. You can track the controversy around the Dixie Chicks and their comments about George W. Bush through the news stories and blogs about them.

Studying the Epidemiology of Ideas is possible using the Web. You can look at how « postmodernism » appears in academic discourse – how it is taught and how it discussed outside the academy.

Studying Everyday Language Use is possible with the Web. You can gather examples of usage of words or patterns in blogs or discussion lists.

Studying a Brand like « Nike » is possible by gathering examples of how the brand is discussed by a target population in their blogs or web sites.

Studying a Community like Hamilton teens is possible if you can identify teen web sites and blogs from Hamilton. What are they interested in? How are their concerns different from Toronto teens?

Est-il étonnant ou indicatif que l’usage du web pour étudier de nouvelles formes littéraires ne soit pas dans cette liste ? que Rockwell lui-même n’en fasse pas mention ? Il faut dire que son environnement, à ce que je sache, est davantage celui du text analysis

Petite ouverture néanmoins, en conclusion de son article :

Research in the digital age will not simply be a matter of using online facsimiles of print resources, or creating ever larger textbases of the same stuff we studied before. Digital research has to consider the Web as evidence of human behaviour, art and commerce. Our research practices have to evolve to not just use the web but to think through it.

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Influence, copie et propriété : vers une conception étendue de l'allographisme ?

Suivant l’invitation de Ben Vershbow (sur if:book), je traverse l’article de Jonathan Lethem, « The Ectasy of Influence », publié dans le Harper’s. Propos intéressant, fondé sur le principe que dans la culture, le plagiat, l’emprunt et l’allusion sont des pratiques courantes, voire fondamentales. La tonalité de son article va plutôt du côté du droit, en raison des enjeux posés par le copyright et la propriété intellectuelle (il fait allusion ironiquement aux scouts qui devraient payer des droits d’auteur pour entonner quelques chansons autour du feu de camp). Il en vient à prôner pour « a commons of cultural materials ».

Il émet quelques hypothèses intéressantes, ici sous la forme d’énoncés efficaces (« Blues and jazz musicians have long been enabled by a kind of ?open source? culture »), là dans sa façon de décrire les phénomènes (l’inexistence probable des Simpsons si ces emprunts n’étaient plus possibles). Je ne reprends pas tous ses arguments (food for thought, pour un autre jour), mais cette question de la copie, décidément d’actualité avec la réflexion sur les DRM des pièces musicales, me ramène à Goodman et à Genette :

Even as the law becomes more restrictive, technology is exposing those restrictions as bizarre and arbitrary. When old laws fixed on reproduction as the compensable (or actionable) unit, it wasn’t because there was anything fundamentally invasive of an author’s rights in the making of a copy. Rather it was because copies were once easy to find and count, so they made a useful benchmark for deciding when an owner’s rights had been invaded. In the contemporary world, though, the act of ?copying? is in no meaningful sense equivalent to an infringement?we make a copy every time we accept an emailed text, or send or forward one?and is impossible anymore to regulate or even describe.

Son parallèle avec le courriel est certes abusif, mais il a le mérite de faire émerger la dématérialisation des ?uvres en mode numérique. Revenons en arrière : Nelson Goodman a établi la différence entre des ?uvres en régime autographique (dépendantes de l’historique de production, et dont la reproduction appelle la contrefaçon) et les ?uvres en régime allographique (reproduisibles en raison de la conformation à un original qui permet de corriger toute non-concordance). Gérard Genette, dans L’?uvre de l’art (voir ici un compte rendu parmi tant d’autres), poursuit cette réflexion, en tentant notamment de préciser les modalités possibles de relation allographique. Il distingue notamment les propriétés d’immanence (propriétés renvoyant à l’identité du texte) des propriétés de manifestation (propriétés contingentes, reliées à telle copie de l’?uvre).

En mode numérique, n’observe-t-on pas un passage vers une existence des ?uvres qui délaisserait les propriétés de manifestation ? C’est un peu ce qui se cache derrière les anciennes versions numérisées de classiques littéraires, lorsqu’on recourait à du simple texte (de l’ASCII pur)… difficile pourtant aujourd’hui de faire abstraction de la mise en forme de l’information, tout comme cette idée d’une existence en dehors de sa manifestation semble impossible à envisager pour la musique (le choix de l’instrumentation, la performance, la phonographie laissant moult traces qui identifient l’?uvre). Mais cette identité musicale réside-t-elle dans la séquence imaginée des notes ou n’inclut-elle pas l’ensemble de ces paramètres ? N’en est-il pas de même en littérature, alors que les ?uvres investissant la textualité même du livre (ou du support) se multiplient, ce travail de mise en page étant parfois aussi significatif que le texte lui-même ? (pensons à House of Leaves ou à Apikoros Sleuth…)

On dirait que les pratiques artistiques, voyant arriver le règne d’une circulation libre de leur immanence, se réfugiaient dans leur manifestation pour s’agripper à leur occurrence matérielle… Pourtant, on n’arrêtera pas pour autant la circulation des imaginaires, qui nous permet de se raconter l’histoire de tel film ou de tel roman, et ainsi produire un bagage culturel à reprendre, à réécrire, à recomposer.

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