Archives pour la catégorie 'Non classé'

Monographie en études littéraires, version augmentée

3 décembre 2013

Belle initiative du collègue et ami Vincent Ferré : la version remaniée de sa thèse paraît ces jours-ci chez Honoré Champion (à un prix qui l’exclut du commerce généraliste… ce qui n’est pas nouveau, mais je ne m’y fais pas). Outre une copie de l’introduction mise en ligne sur l’Atelier de théorie littérature de Fabula, tout le matériel corollaire – développements plus longs, articles liés, documents – se trouve en ligne, sur un site géré par l’auteur lui-même. Démonstration efficace du mouvement continu de la recherche : une monographie unique, où rien ne dépasse, où rien ne semble avoir présidé à sa réalisation, est à toutes choses près un mythe.

La question de la pérennité de ce site adjuvant se pose évidemment… Par simple comparaison (toute imparfaite soit-elle), signalons le cas des nouveaux modèles de complémentarité proposés par les Presses de l’Université de Montréal, qui pour sa toute dernière salve d’éditions critiques de la collection Bibliothèque du Nouveau Monde consacrée à Anne Hébert, reporte la très large majorité des variantes dans un document pdf sur le site de l’éditeur (et non celui du Centre Anne-Hébert, rattaché à l’Université de Sherbrooke, pourtant responsable de cette série de cinq tomes de l’édition critique de l’œuvre d’Hébert).

Plaisir du livre (et ses usages, comme le rappelait Gilles Herman lors de son passage la semaine dernière au Café numérique), complémentarité des plate-formes, évolution des besoins, recadrage de l’édition scientifique sur la capacité des bibliothèques d’acheter des livres spécialisés hors de prix… état présent d’un monde en mutation.

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Oubli, suite : faire vivre la mémoire

2 février 2012

Marie Martel prend au mot l’idée que la mémoire nous appartient. À la suite du décès de la poétesse Marie Savard, elle la (re)fait émerger. Méandres d’une semaine de démarches, pièces à l’appui. Merci à elle de faire taire le silence.

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Sur l’oubli

26 janvier 2012

Dans son étonnant Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Nicolas Langelier se sert de son alter ego romanesque pour ramener à l’avant-plan une vérité générale (pourtant déterminante dans cette traversée difficile du personnage, liée à sa FOMO et la soif d’aller inconditionnellement de l’avant) :

Le temps est une invention humaine.

Invention, ou obsession. Se situer, marquer le temps qui passe (ou le temps passé), rejeter en arrière ce qui n’est pas nouveau, avoir l’impression de s’imposer au monde parce qu’on n’appartient pas à ce qui fut, mais à ce qui est — encore mieux, à ce qui sera.

Dira-t-on que l’on appartient à une culture qui ne regarde qu’en avant ? (forme de présentisme par procuration, empruntant aux enfants le droit d’habiter le présent qui sera le leur dans quelques années… que leur laisse-t-on alors ? fuite en avant récursive ?)

Beau paradoxe de cette culture projetée dans le futur, alors qu’elle se constitue de ce que l’on a été (collectivement). De la considération que l’on peut avoir pour les jalons qui ont permis au monde actuel d’être tel. De la lecture de notre passé. L’époque actuelle raffole pourtant de l’archaïsme, du has-been, du kitsch par décalage temporel. Beau paradoxe, bis. Judith Schlanger, en conclusion de son bel ouvrage La mémoire des œuvres, rappelle l’intrication étroite de la mémoire, de la visibilité et de la valeur.

Mourir à la mémoire, c’est perdre sa visibilité.

C’est le destin des œuvres que d’être oubliées. Pourtant, c’est lorsqu’elles émergent de la mémoire que les œuvres retrouvent leur visibilité, et leur valeur.

Commencer à exister dans les lettres, cela signifie entrer dans un circuit de visibilité. On devient précieux et important, on devient pertinent en devenant d’abord visible.

D’où l’importance de l’érudition, dit-elle, l’érudition non pas scientifique mais comme une manière d’être dans la durée. La lecture, l’interprétation, la reprise, le recyclage… toutes ces modalités contribuent à la visibilité et à la valeur. N’a-t-on jamais autant lu qu’aujourd’hui, alors qu’on se flagelle en avouant notre culture oublieuse ? Peut-être que nos intérêts, nos obsessions culturelles nous conduisent sur une mauvaise piste.

La mémoire est un dispositif où les valeurs culturelles semblent prendre le relais des valeurs intellectuelles ou religieuses sur le retrait. Il arrive assez couramment que ce qui est dévalué pour la connaissance soit pourtant maintenu comme précieux dans la mémoire. Nous ne croyons pas aux mythes, mais ils nous plaisent et nous font rêver. L’alchimie ne nous convainc pas, mais elle nous paraît très intéressante.

Hum… la lecture de L’œuvre au noir. Impossibilité théorique d’une adhésion fictionnelle comme la représentation du réel d’aujourd’hui pourrait prétendre y parvenir. Pourtant. Fascination, hésitations, parcours de Zénon. Souvenir extrêmement vague, mais une impression forte demeure. Tiens, parenté avec Giordano Bruno, saut soudain vers Italo Calvino. Le plaisir profond de la connaissance, de l’intuition, de la quête, de la fabulation. Zénon paya de sa vie pour ce plaisir : dans sa cellule, dormant à trois mètres du sol sur un monceau énorme de livres et de dossiers, il rêvait aux ouvrages parcourus, des plus étranges aux plus érudits. « Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, » disait-il, « préférant lui laisser son nom plus humble d’exactitude. » Le temps est une invention humaine. L’espace aussi, comme les essais de Calvino le rappellent, qui le figurent en train de visiter une réserve de bibliothèque à Mexico. Des fresques éclatantes des murs émanent un sentiment de protection : nous assurerons votre mémoire. Quelles valeurs culturelles s’imposent aujourd’hui ? Difficile de les identifier alors que nous les triturons sans cesse. Zénon, lui, aura refusé le temps au profit de la mémoire.

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Envie d'aller voir ailleurs

16 mars 2010

ailleursEnvie de diversifier les interlocuteurs académiques, envie de discuter d’autres problématiques, envie de voir les enjeux sous un autre angle, envie de changer de langue (aïe)…

[période de réflexion]

Jeudi, je vais voir ailleurs. C’est le jour des Digital Humanities, lancé l’an dernier par Geoffrey Rockwell.

Une famille existe là, les liens sont d’un autre ordre, les connivences sont codées. Reste à voir si les cousins sont réellement sympathiques…

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Que font les médias à la littérature ?

21 janvier 2010

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Appel de comm pour un colloque étudiant portant sur les interactions entre médias et littérature, du 19e siècle à aujourd’hui (si ce n’est pas demain). Belle occasion pour les chercheurs-étudiants d’investir le champ de la culture numérique…

http://www.crilcq.org/activites/contribution/litterature_et_medias.asp

(photo : « media map », myiube, licence CC)

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Une heure ou deux pour la lecture et l'écriture

24 novembre 2009

musclesDifficile de résister au besoin de faire connaître la douce folie énergique de Dave Eggers. Observation 1 : les enfants dans les écoles publiques bénéficieraient tellement d’avoir ne serait-ce qu’une heure par semaine dans un rapport un-à-un avec un enseignant ou un tuteur. Observation 2 : nombreuses sont les personnes plus ou moins directement liées au monde de l’éducation, de la lecture et de l’écriture (journalistes, rédacteurs, écrivains, professeurs, communicateurs), qui ont souvent l’avantage d’un horaire flexible.

Proposition : les rassembler pour promouvoir la lecture et l’écriture, dans un mouvement de maillage école/communauté. Que ces professionnels donnent une heure ou deux pour accompagner des jeunes dans leur appropriation du langage. Et tout ça dans un esprit pas du tout sérieux… Boîte de rédaction (édition, magazine) qui achète un étage d’un édifice, décide de faire un local pour du tutorat, mais est obligé de vendre quelque chose pour avoir pignon sur rue — pourquoi pas une boutique d’accessoires pour pirates ?

Once upon a school. Fallait y penser, et y mettre l’effort.

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(fiction) Une ville invisible

8 février 2009

image-1Après la longue remontée de l’estuaire marquée par les murmures et les coups de rame du passeur, j’arrive au milieu de la nuit dans la cité de Sophia. Perchée sur un promontoire, résistant au vent comme une colonie de moules sur un rocher battu par les marées, elle se détache de la noirceur par une sorte d’aura verte, relent d’une nature avide de renaître malgré l’hiver bien installé.

Mes premiers pas dans la cité me font arpenter des rues étroites, ici bordées par d’antiques demeures, là aseptisées par un enchaînement de grands immeubles vides de sommeilleurs, là encore enfouies sous des vagues de neige. Je découvre un milieu favorable à la vie, malgré la rigueur apparente du climat ; les habitants sont en toute évidence maîtres chez eux et enclins à le demeurer.

Sillonnant cette cité nocturne, je me dis, sans crainte de me tromper, que le jour doit être ici trépidant, tant les nombreux signes inscrits dans la pierre des édifices, les installations et moulages plantés aux endroits les plus inattendus et les résidus d’images extérieures laissent entendre une grande vitalité de ses habitants. Je peux lire dans ces traces, malgré l’inanition momentané des lieux, le bouillonnement vif et bigarré de la collectivité. « Quelle grande réussite, quelle capacité de conduire les gens hors d’eux-mêmes et de proposer des incarnations de leur propre vision du monde… » À livre ouvert, la Sophia de la nuit se laisse découvrir par ce qui la distingue de toute autre cité de l’empire.

Transi dans la nuit qui tranquillement s’éclaire de la lueur de l’aube, j’entre pour me réchauffer dans un casse-croûte où je réfléchis à ce que je viens d’observer. Me prenant à évoquer à voix basse ces découvertes et à exprimer ma stupeur, un vieux barbu étire son menton hors de l’ombre de sa tasse de café fumant. À son invite, je lui manifeste mon admiration à propos de la capacité de la cité à se construire aussi magnifiquement. « La cité ? », répond-il, surpris. « Mais ce que vous voyez est pourtant l’issue d’une histoire mouvementée, vous savez. »

Érigée sur les ruines d’époques antérieures et de régimes politiques alternés, me raconte-t-il, Sophia voit sa modernité se dessiner dans la volonté de ses habitants de maîtriser leur destinée — leur premier geste a été de vouloir définir et investir leur discours, leur image, leur vision. 

C’est en réponse à cette aspiration que se sont regroupés les grands Mages. Ils ont cherché dans la démesure l’idéal de leur collectivité. Imaginant d’immenses fresques, ils ont voulu peindre leur passé glorieux et la splendeur de leur milieu de vie. Ils ont construit de superbes presses, destinées à la diffusion des pages les plus nobles et les plus pures. Ils ont souhaité faire entendre, sous la direction de maîtres, les mélodies qui séduiraient toutes les collectivités environnantes. Le destin de Sophia ne pouvait être envisagé sous un meilleur jour.

Mais alors que les presses rouillaient par manque de mots à reproduire, que les couleurs refusaient de rendre l’image du passé et que l’on comptait plus de chefs d’orchestre que de musiciens, au profond désespoir des Mages, les petits Acrobates poursuivaient leur routine de contorsions et de voltige. C’est sans surprise qu’ils renversaient la boîte de caractères des imprimeurs et se mettaient à galoper sur ces minuscules échasses à travers la cité, laissant des chemins de mots derrière eux. Certains d’entre eux ont un jour empilé des blocs autour de quelques pacifiques arbres, soudant les constructions inertes à la vie cyclique de la cité. Du haut de leur tour, ils ont repéré des nids d’hirondelles à flanc de colline, où d’autres ont installé des boîtes à voix et des machines à ombres.

Peu à peu, les Acrobates ont pris l’habitude de se raconter leur vision de projets farfelus ; les uns ont réécrit les mots des autres ; certains ont même su inviter et faire entrer des Mages dans la danse. La cité s’est trouvée habitée par des œuvres lumineuses ou virtuelles, conjuguant le tissage de l’espace et les vibrations euphoniques. Dans le renouvellement constant de ses visages, elle apparaît maintenant insufflée de la vie même de ses artisans.

Malgré l’impulsion nouvelle souhaitée par les Mages, le désir profond de la cité de trouver à s’exprimer s’est d’abord révélé comme un ressassement du passé, de ses clivages et de ses égarements. Et c’est grâce aux Acrobates que la Sophia d’aujourd’hui trouve ses fondements dans les esprits éveillés de tous ses habitants et dans le partage de leurs illuminations.

Posant un fond de café maintenant refroidi, le vieux barbu se lève et marche d’un pas leste vers la sortie du casse-croûte, frottant ses mains caleuses sur son habit tout barbouillé de peinture. Je n’avais pas remarqué, pendant notre conversation, à quel point il est de petite taille.

*  *  *

L’Empereur — Quelle riche cité ce doit être… tant de vie, tant de réalisations…

Le Découvreur — Qu’importe l’or… Sophia a bien démontré que sa richesse réside dans la communauté que forment ses habitants, Mages et Acrobates, dans leur ouverture et leur collaboration. La parole reste dans la cité la monnaie d’échange capitale.

L’Empereur — Mais ce n’est pas une ville parmi 56 autres… Il faut la révéler, en faire le point de convergence de tous les citoyens de l’empire…

Le Découvreur — C’est là, cher Empereur, une illusion de votre part. L’essentiel de cette cité est invisible pour les yeux de qui n’y habite pas. 

Sur ces mots, le Découvreur s’évanouit devant les yeux de l’Empereur, qui reste avec pour seul témoignage de Sophia cette chinoiserie d’histoire.

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De la règle ou du goût du point-virgule

19 août 2008

2345403415_5606512d85_m.jpgJ’ai toujours eu un rapport de fascination avec le point-virgule ; me voilà dans la lignée de John Irving et d’Herman Melville… On ajoute une dose de contextualisation anglophone (sur l’usage dégénéré de la ponctuation en anglais) et ça nous donne ce petit article savoureux :  « Sex and the semicolon ».

the punctuation conversation has shifted its focus from the apostrophe to a more subtle and debatable punctuation mark: the semicolon.

The credit probably belongs to Trevor Butterworth, who in 2005 – citing Truss as partial inspiration – wrote a 2,700-word essay on the semicolon in the Financial Times. Butterworth, who had worked in the States, wondered why so many Americans shared Donald Barthelme’s sense that the mark was « ugly as a tick on a dog’s belly. » His answer: As a culture, we Yanks distrust nuance and complexity.

(photo : « ti;!;!;! », xueexueg, licence CC)

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Un appartement codé : sémiologie cachée et fétichisation du livre

12 juin 2008

369136785_f82e37ef4a_m.jpgSuperbe histoire dans le New York Times : un architecte prend l’initiative, à partir d’un vague souhait exprimé par les propriétaires, d’inscrire dans les rénovations de l’appartement l’idée d’une quête de sens caché à travers divers procédés, diverses cachettes (littérales et figurées). Le visionnement des photos montre la qualité du travail exécuté, et l’article relate l’histoire du projet (et de sa découverte par les occupants, médusés mais ravis). La conclusion formulée par les occupants nous ramène à la dimension concrète des lieux, à l’idée que nous n’y sommes que de passage :

The Sherry-Klinsky clan remains largely bemused by the extent to which Mr. Clough embellished and embedded their apartment. But Ms. Sherry and Mr. Klinsky are not immune to the romance of objects or messages hidden in walls, or what Ms. Sherry called “winks from one family to another.” 

“You move into a place and you have your life there, and your memories, and it’s all temporary,” she said. “Especially with apartments, which have such a fixed footprint. I like the idea of putting something behind a wall to wink at the next inhabitant and to wish them the good life hopefully that you have had there.”

 (via if:book) (photo : « Secret Door », seth. underwood, licence CC)

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Reprise

29 février 2008

Reprendre vie.

Une prise nouvelle, comme au cinéma.

Une réparation faite à un tissu, celui des quelques lecteurs fidèles.

Un nouveau départ.

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