Monographie en études littéraires, version augmentée

Belle initiative du collègue et ami Vincent Ferré : la version remaniée de sa thèse paraît ces jours-ci chez Honoré Champion (à un prix qui l’exclut du commerce généraliste… ce qui n’est pas nouveau, mais je ne m’y fais pas). Outre une copie de l’introduction mise en ligne sur l’Atelier de théorie littérature de Fabula, tout le matériel corollaire – développements plus longs, articles liés, documents – se trouve en ligne, sur un site géré par l’auteur lui-même. Démonstration efficace du mouvement continu de la recherche : une monographie unique, où rien ne dépasse, où rien ne semble avoir présidé à sa réalisation, est à toutes choses près un mythe.

La question de la pérennité de ce site adjuvant se pose évidemment… Par simple comparaison (toute imparfaite soit-elle), signalons le cas des nouveaux modèles de complémentarité proposés par les Presses de l’Université de Montréal, qui pour sa toute dernière salve d’éditions critiques de la collection Bibliothèque du Nouveau Monde consacrée à Anne Hébert, reporte la très large majorité des variantes dans un document pdf sur le site de l’éditeur (et non celui du Centre Anne-Hébert, rattaché à l’Université de Sherbrooke, pourtant responsable de cette série de cinq tomes de l’édition critique de l’œuvre d’Hébert).

Plaisir du livre (et ses usages, comme le rappelait Gilles Herman lors de son passage la semaine dernière au Café numérique), complémentarité des plate-formes, évolution des besoins, recadrage de l’édition scientifique sur la capacité des bibliothèques d’acheter des livres spécialisés hors de prix… état présent d’un monde en mutation.

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Sur l’oubli

Dans son étonnant Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles, Nicolas Langelier se sert de son alter ego romanesque pour ramener à l’avant-plan une vérité générale (pourtant déterminante dans cette traversée difficile du personnage, liée à sa FOMO et la soif d’aller inconditionnellement de l’avant) :

Le temps est une invention humaine.

Invention, ou obsession. Se situer, marquer le temps qui passe (ou le temps passé), rejeter en arrière ce qui n’est pas nouveau, avoir l’impression de s’imposer au monde parce qu’on n’appartient pas à ce qui fut, mais à ce qui est — encore mieux, à ce qui sera.

Dira-t-on que l’on appartient à une culture qui ne regarde qu’en avant ? (forme de présentisme par procuration, empruntant aux enfants le droit d’habiter le présent qui sera le leur dans quelques années… que leur laisse-t-on alors ? fuite en avant récursive ?)

Beau paradoxe de cette culture projetée dans le futur, alors qu’elle se constitue de ce que l’on a été (collectivement). De la considération que l’on peut avoir pour les jalons qui ont permis au monde actuel d’être tel. De la lecture de notre passé. L’époque actuelle raffole pourtant de l’archaïsme, du has-been, du kitsch par décalage temporel. Beau paradoxe, bis. Judith Schlanger, en conclusion de son bel ouvrage La mémoire des œuvres, rappelle l’intrication étroite de la mémoire, de la visibilité et de la valeur.

Mourir à la mémoire, c’est perdre sa visibilité.

C’est le destin des œuvres que d’être oubliées. Pourtant, c’est lorsqu’elles émergent de la mémoire que les œuvres retrouvent leur visibilité, et leur valeur.

Commencer à exister dans les lettres, cela signifie entrer dans un circuit de visibilité. On devient précieux et important, on devient pertinent en devenant d’abord visible.

D’où l’importance de l’érudition, dit-elle, l’érudition non pas scientifique mais comme une manière d’être dans la durée. La lecture, l’interprétation, la reprise, le recyclage… toutes ces modalités contribuent à la visibilité et à la valeur. N’a-t-on jamais autant lu qu’aujourd’hui, alors qu’on se flagelle en avouant notre culture oublieuse ? Peut-être que nos intérêts, nos obsessions culturelles nous conduisent sur une mauvaise piste.

La mémoire est un dispositif où les valeurs culturelles semblent prendre le relais des valeurs intellectuelles ou religieuses sur le retrait. Il arrive assez couramment que ce qui est dévalué pour la connaissance soit pourtant maintenu comme précieux dans la mémoire. Nous ne croyons pas aux mythes, mais ils nous plaisent et nous font rêver. L’alchimie ne nous convainc pas, mais elle nous paraît très intéressante.

Hum… la lecture de L’œuvre au noir. Impossibilité théorique d’une adhésion fictionnelle comme la représentation du réel d’aujourd’hui pourrait prétendre y parvenir. Pourtant. Fascination, hésitations, parcours de Zénon. Souvenir extrêmement vague, mais une impression forte demeure. Tiens, parenté avec Giordano Bruno, saut soudain vers Italo Calvino. Le plaisir profond de la connaissance, de l’intuition, de la quête, de la fabulation. Zénon paya de sa vie pour ce plaisir : dans sa cellule, dormant à trois mètres du sol sur un monceau énorme de livres et de dossiers, il rêvait aux ouvrages parcourus, des plus étranges aux plus érudits. « Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, » disait-il, « préférant lui laisser son nom plus humble d’exactitude. » Le temps est une invention humaine. L’espace aussi, comme les essais de Calvino le rappellent, qui le figurent en train de visiter une réserve de bibliothèque à Mexico. Des fresques éclatantes des murs émanent un sentiment de protection : nous assurerons votre mémoire. Quelles valeurs culturelles s’imposent aujourd’hui ? Difficile de les identifier alors que nous les triturons sans cesse. Zénon, lui, aura refusé le temps au profit de la mémoire.

Envie d'aller voir ailleurs

ailleursEnvie de diversifier les interlocuteurs académiques, envie de discuter d’autres problématiques, envie de voir les enjeux sous un autre angle, envie de changer de langue (aïe)…

[période de réflexion]

Jeudi, je vais voir ailleurs. C’est le jour des Digital Humanities, lancé l’an dernier par Geoffrey Rockwell.

Une famille existe là, les liens sont d’un autre ordre, les connivences sont codées. Reste à voir si les cousins sont réellement sympathiques…

Que font les médias à la littérature ?

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Appel de comm pour un colloque étudiant portant sur les interactions entre médias et littérature, du 19e siècle à aujourd’hui (si ce n’est pas demain). Belle occasion pour les chercheurs-étudiants d’investir le champ de la culture numérique…

http://www.crilcq.org/activites/contribution/litterature_et_medias.asp

(photo : « media map », myiube, licence CC)